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Après Jean Bernard Padaré au Tchad, le dossier Hissein Habré donne la poisse à Aminata Touré au Sénégal !

Publié par Ndouné sur 29 Juillet 2014, 14:33pm

Catégories : #Politique

Aminata TouréA la suite de sa retentissante déculottée aux toutes récentes élections municipales sénégalaises où, candidate à la mairie de Dakar,  elle avait  été battue à plate couture, Aminata Touré, ministre de la justice de 2012 à 2013, puis Premier Ministre chef du premier gouvernement de pendant dix mois, a aujourd’hui maille à partir avec la justice de son pays au lendemain de sa brutale éviction du gouvernement consécutive à son échec électoral. Ironie du sort, cette dame – surnommée à raison « la dame de fer » - qui avait déployé un extraordinaire enthousiasme pour expédier Hissein Habré en prison contre vents et marrées, se voit menacée, à l’heure qu’il est, de se retrouver elle-même jetée derrière les barreaux, car soupçonnée d’avoir … barboté l’argent du procès Habré. Et comme par un ahurissant effet domino, on constate qu’avant elle, au Tchad, Jean Bernard Padaré – qui avait été Ministre de la justice garde des Sceaux jusqu’à la fin de l’année 2013,  vit à l’heure qu’il est ave, au dessus de sa tête, suspendue sa propre épée de Damoclès. Il est important de préciser que lui également avait s’était fait remarquer par une épouvantable énergie dans la logique d’accélérer la procédure contre l’ancien chef de l’Etat Tchadien au Sénégal.

Peut-on dire que l’affaire Hissein Habré donnerait la poisse à tous ceux qui, à un moment ou à un autre, en avaient fait une affaire personnelle, au point de s’en occuper de façon passionnelle? La question mériterait bien d’être posée quand l’on constate que, de façon absolument curieuse, les destins de l’ex ministre de la justice du Tchad et du ci-devant Premier ministre du Sénégal connaissent de drôles de retournements, l’un à la suite de l’autre.

En effet, Jean Bernard Padaré, ministre de la Justice du Tchad jusqu’à il y a neuf mois, avait initié, conduit et précipité le dossier Hissein Habré tant au Sénégal qu’au Tchad avec une obstination et une férocité telles que l’ancien président Tchadien – qui vivait sans bruit au Sénégal depuis sa disgrâce en 1990 – a été alpagué du jour au lendemain comme un bandit des grands chemins et jeté en prison sans aucun ménagement.

Beaucoup au Tchad et en Afrique s’étaient étonnés de l’extraordinaire brutalité dont avait fait preuve le garde des Sceaux Tchadien,  compte tenu de la complexité de ce dossier qui ne pourra jamais être valablement jugé tant qu’Idriss Deby ne comparaitra pas sur le banc des accusés.

En tout cas, quelques mois après l’aboutissement de ce qui avait ressemblé à sa croisade personnelle, Jean Bernard Padaré avait été éjecté du gouvernement, puis s’est retrouvé traqué sans ménagement par la justice de son propre pays, et a même été jeté en prison. Pour quelques mois certes, mais sa vie a subitement tourné du tout au tout.

Terrorisé par la perspective des procédures qu’il voyait inexorablement s’amonceler contre sa personne, l’ex avocat n’a plus eu d’autre alternative que de prendre la poudre d’escampette et de se planquer en Europe. Il vient de rentrer au Tchad il y a quelques jours, mais rien, pour l’heure ne lui garantit un avenir proche des plus radieux.

Il faut dire que beaucoup au Tchad ne se sont pas empêché de conclure que la scoumoune qui semble s’acharner sur l’ancien avocat trouverait peut être son explication dans sa trop personnelle implication contre l’ancien homme fort de N’Djamena.

Quant à Aminata Touré, ministre de la justice pendant un an et Premier ministre du Sénégal – pendant dix mois - aujourd’hui démissionnée, un incandescent dossier est actuellement en train d'être monté à son encontre au sujet du détournement présumé de la rondelette somme d’un milliard et demi de FCFA, somme qui avait été débloquée par l’Etat du Tchad pour les besoins du financement du procès Hissein Habré au Sénégal.

Il importe de préciser que pour l’aboutissement de ce procès, des financements étaient venus d’un peu partout : des Etats Unis, on parle d’une enveloppe de 500 millions de FCFA qui aurait atterri sur la table de la fébrile ministre de la justice Sénégalaise. D’autres bailleurs auraient aussi, dit-on, mis la main à la poche : la France, la Hollande, l'Allemagne etc. Au total, le financement du procès aurait été estimé à 4 milliards de FCFA, à en croire certaines sources. Tandis que d'autres avancent un montant supérieur à 10 milliards de FCFA. 

Ce qui est indiscutable, c’est que, pendant plus d'un an, Aminata Touré avait géré ce procès sous tous ses aspects : technique comme financier. Sans avoir à rendre des comptes. Mais contre cette accusation de détournement, l’ex chef du gouvernement qui n’a pas sa langue dans sa poche, mais bien dans sa bouche, rétorque à qui veut l’entendre que les fonds du procès Habré avaient été gérés par le Comité des Bailleurs de Fonds avec à sa tête un administrateur.

Mais curieusement, et certainement à la suite de sa spectaculaire déchéance, ses ennemis politiques auraient constaté des incohérences dans les comptes du fric de ce procès. C’est ainsi que l’ancienne premier ministre est désormais sommée de s'expliquer sur la gestion des fonds préposés au procès. Car de source bien informée, l'ancien chef du Gouvernement ne pourra pas éviter d’être traduite en justice relativement à la gestion de l’argent du financement d’un procès improbable.

Malheureusement pour celle qu’une certaine frange de la population sénégalaise appelle affectueusement Mimi Touré, ceux qui sont décidés à la poursuivre tiennent tout autant à fouiller la gestion des fonds remboursés par les personnes qui avaient été poursuivies par la CREI (Cour de répression de l'enrichissement illicite) à l’époque où Aminata Touré était Ministre de la Justice.

A cet égard, il se murmure sous cape que les chèques déposés dans les caisses du trésor public par certains milliardaires indexés – parmi lesquels le fameux Abbas Jabber ainsi que d'autres personnalités proches de l'ancien régime, dont un certain Sunéor  - auraient tout simplement été escamotés plutôt que d’être restituées dans les caisses du trésor. Certaines langues vont jusqu’à trancher que l'homme d'affaires libanais Abbas Jabber aurait remboursé plus de trois milliards de FCFA dont, aux dernières nouvelles, on ne retrouve nulle part les traces.

Nullement décontenancée, Mimi Touré a tout récemment précisé dans un communiqué de presse que les chèques remis par Abbas Jaber et Suneor ont été libellés au nom du Trésor sénégalais.

Avec ce mauvais vent qui souffle au dessus de la tête d’Aminata Touré, tout laisse croire que la fatalité semble s’acharner contre elle. Car entre la Police qui se pose des questions stridentes sur sa gestion du magot réservé au procès Hissein Habré, et les juges d’instructions qui veulent tout savoir sur les faramineuses sommes récoltées par l’Etat dans le cadre de l’opération des « biens mal acquis »,  il ne fait pas l’ombre d’un seul doute que de gros ennuis attendent l’ex ministre de la justice, devenue Premier ministre, puis simple citoyenne angoissée jusqu’aux os aujourd’hui.

Au-delà de la curieuse similitude des destins de ces deux anciens ministres du Tchad et du Sénégal qui n’en mènent vraiment pas large aujourd’hui après avoir été d’impitoyables inquisiteurs contre Hissein Habré, il y a seulement quelques mois, il est loisible de réaliser à quel point le Colisée n’est pas loin de la roche tarpéienne.

Surtout pour des gens qui avaient déployé un extraordinaire zèle à expédier justement leurs prochains sur cette inconfortable roche. Jean Bernard Padaré et Aminata Touré n’en finissent certainement pas de méditer à propos depuis un bon moment.

Par D.D | Ndjamena-matin

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