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Arrestation de deux avocats et d’un hissier au Tchad : imbroglio judiciare à N’Djamena

Publié par Ndouné sur 15 Mai 2014, 07:38am

Catégories : #Justice

robe_avocat.jpgDepuis la journée du 13 mai le Palais de justice de N’djamena est en super effervescence. En effet en l’espace de 48 heures deux avocats du barreau du Tchad et un huissier de justice ont été interpelés, déférés devant le procureur de la République, écroués sans ménagement dans la maison d’arrêt de N’djamena, puis – fort heureusement -  ont été remis en liberté à la suite d’un assourdissant mouvement d’humeur des avocats et des huissiers. Ces derniers sont en tout cas toujours sur les dents et menacent d’entrer en grève dans les jours qui suivent.

De source absolument digne de foi, deux avocats de renom - les maîtres Sounefene Gonfouli, Pofinet Diana  et l’huissier de justice Me Hissein Ngaro -  ont été brutalement déférés au Parquet d’instance  de N’djamena dans l’après-midi de  mardi 12 mai. 

Selon nos sources, répondant à la convocation qu’ils avaient reçue du Parquet, les trois acteurs de la chose judiciaire ont sommairement été expédiés devant le 1er juge d’instruction du cabinet d’Amir Abdoulaye par le procureur de la République. En fait, Ils avaient été convoqués pour répondre indirectement d’une vieille affaire déjà résolue. Mais il apparait de plus en plus évident qu’ils  pâtiraient de leur proximité professionnelle avec l’ex-ministre de la Justice,  aujourd’hui en disgrâce, Jean Bernard Padaré.

Que leur reprocherait tout à trac le Parquet?  Selon quelques avocats approchés, il leur serait ni plus ni moins reproché d'avoir fait leur travail d'avocats en défendant avec opiniâtreté un ex-employé contre son ex-employeur, et d’avoir obtenu une décision de justice condamnation le patron devant le tribunal du travail. Ladite décision avait par la suite été  confirmée en Cour d’Appel,  puis au bout du compte rendue définitive par un arrêt de la Cour suprême.

S’il est reproché aux avocats  Sounefene Gonfouli et  Pofinet Diana  d’avoir défendu leur client jusqu’à la victoire de ce dernier et de s’être fait payer leurs honoraires, il est curieusement  reproché à Me Hissein Ngaro, huissier de justice de son état,  d’avoir exécuté cette décision.

Mais il se murmure aussi avec insistance que ces mesures aussi spectaculaires que brutales auraient pour véritable ressort des conflits d’intérêts entre de proches du locataire du palais rose et des apparatchiks du MPS qui se seraient télescopés jusque sous les yeux d’Idriss Deby en personne.

Il se chuchote aussi qu’il est incongru qu’une affaire ayant suivi toutes les étapes, puis connu toutes les voies de recours prévues par la Loi,  jusqu’à connaitre son épilogue devant la Cour Suprême puisse subitement resurgir du néant,  et conduire des avocats et un huissier en prison.

 Car les questions de base demeurent toujours sur toutes les lèvres : qui devrait- on sanctionner ? Ceux qui ont rendu la décision ? Ou celui qui exécute la décision ? A moins que l’on ne s’en prenne à ceux qui ont défendu le dossier ?

Au regard de la cascade de violations caractérisées de la loi, les avocats tchadiens, dans un irrépressible mouvement de solidarité, avaient  décidé de  déclencher une grève illimitée jusqu’à la libération de leurs confrères.

Heureusement, après des  tractations serrées, les deux avocats et leur compagnon de misère ont été remis en liberté après avoir payé une  caution de 10 millions de FCFA.

Malgré cette petite victoire, les avocats et les huissiers se sont réunis  en assemblée générale ce extraordinaire hier mercredi 14 mai 2014 pour décider du mot d’ordre de cessation d’activités, car pour eux, il est hors de question que de telles hérésies continuent de polluer la Justice Tchadienne  qui ne devrait plus tolérer la moindre intrusion du pouvoir exécutif sur le déroulement des processus judiciaires.

Voilà donc comment la justice est en permanence troussée au Tchad, lésant complètement les citoyens à travers d’inadmissibles entorses plus douloureuses les unes que les autres. Et tout cela par la faute  à cause d’une clique  d’individus qui utilisent les moyens de l’état pour des règlements de comptes personnels.

Par D.D | Ndjamena-matin

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