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Chute de Kadhafi, le « fou de Syrte » : A-t-on le droit d'oublier les crimes commis par son régime au Tchad ?

Publié par Ndouné sur 24 Août 2011, 04:25am

Catégories : #Lu pour vous

Comment expliquer que l’émotion que nous éprouvons à la chute de Kadhafi soit semblable à celle de tous ces jeunes libyens qui pleurent, rient, célèbrent, dansent et remercient Dieu ? Et pourtant oui, nous éprouvons tous ces sentiments, nous les partageons avec le peuple libyen car comme eux nous avons subi, dans tout notre être, les souffrances les plus inimaginables de la part d’un régime fou et criminel, celui de Khadafi.

Kadhafi fin de regne montage-France24A sa chute, nous avons une pensée pour tous les jeunes Tchadiens qui, par milliers, ont affronté son armée sans d’importants moyens, si ce n’est leur courage extraordinaire et leur profonde conviction en la cause qu’ils défendaient, à savoir : l’intégrité territoriale de leur pays et le refus d’être des valets de Kadhafi. Ils ont versé leur sang pour leur pays, et méritaient d’être immortalisés, à jamais. Mille monuments n’auraient pas suffi à leur rendre hommage, eux qui ont permis aux Tchadiens de vivre toujours dans leur pays, qu’un certain Goukouni Weddeye n’a pas hésité, un mois à peine après son accession au pouvoir, à vouloir faire disparaitre à jamais dans une fusion proclamée avec la Libye. Et dire qu’on a voulu rendre hommage à Goukouni en lui donnant le nom d’une rue à Ndjamena.

Nous avons aussi une pensée triste pour toutes les familles tchadiennes endeuillées par la perte de leurs enfants, de leur père, de leur époux sur les champs de combat ; à tous les mutilés, à tous les disparus. Aux familles qui ont vu leurs filles enlevées par les forces militaires libyennes et disparues à jamais. A toutes leurs victimes exécutées, torturées dans les villes occupées et dans les campagnes.

Nous célébrons la chute du tyran au nom, aussi, de toutes les souffrances qu’il a causées aux populations tchadiennes ; il les a bombardés avec ses avions, il a semé et entretenu la division, la zizanie entre ses fils, aidant les opportunistes, soutenant ceux qu’il savait être de bons valets et des exécutants dociles. Sans relâche, au nom de cette folle obsession qu’il avait du Tchad, du rôle fondamental que cette même obsession occupait dans sa politique, il a puisé dans ce réservoir des fils du Tchad pour sans cesse alimenter et soutenir ses visées annexionnistes mais aussi perpétuer une instabilité qui a fait couler abondement le sang des Tchadiens. Il a contraint des milliers de fils et filles du Tchad à quitter leur pays, à être des refugiés et vivre en exil loin des leurs dans des conditions difficiles.

Nous rions avec la jeunesse libyenne de la défaite du diable parce qu’il le mérite mille fois, lui qui, du haut de son arrogance, ne s’est jamais soucié une seule seconde de tout le mal, destructions, et traumatismes causés à nos populations. Il a miné entièrement le Nord du Tchad dans sa fuite éperdue. Vingt ans après, quotidiennement, les gens continuent de sauter sur ses mines. Il n’a eu de cesse d’organiser, sous toutes les formes, le pillage de ce pays ; ainsi du bétail emporté sur pied par avions cargo par milliers aux animaux de la faune sauvage tchadienne qui ont servi à créer deux zoos gigantesques à Tripoli, sans compter l’exploitation de la bande d’Aouzou en y installant une unité d’extraction du souffre pour y fabriquer des allumettes « Aozou » et estampillées made in Libya. Rien n’a été laissé au hasard et ainsi, même la bonne herbe verte a été coupée par des machines agricoles, rassemblée et expédiée en Libye pour nourrir le bétail….volé !

Oui, nous sommes heureux aux côtés du peuple libyen et célébrons avec eux ce jour mémorable qui restera à jamais une date importante que notre mémoire doit retenir. Nous célébrons aussi à la place de tous nos frères et sœurs au Tchad qui, bâillonnés et vivant sous la menace de représailles, ne peuvent laisser exploser leur folle joie à cause d’un régime valet de Khadafi qui a voulu extérioriser à la face du monde, sa servilité en faisant une standing ovation à un simple directeur de cabinet.

Nous reviennent en mémoire pour danser aux côtés des populations libyennes, les chansons les plus extraordinaires que des artistes comme El Hadj Ahmat Pecos, et la grande cantatrice Houra Banate ont chanté pour soutenir l’armée tchadienne dans son combat contre l’occupation libyenne. Rappelons que ces grands artistes, tous deux, ont été éliminés des décorations du Cinquantenaire du Tchad, et leurs œuvres citées sont toujours censurées (Le fils de Pecos a même réagi pour dénoncer l’oubli de son père).

Oui, dans ces moments d’extase et de parfaite communion avec ceux qui dansent, rient, pleurent et remercient Dieu à Tripoli Benghazi et ailleurs, beaucoup, beaucoup de Tchadiens ont aussi une pensée pour le Président Hissein HABRE ; pour son courage politique, pour son engagement patriotique, pour sa détermination sans faille à placer le Tchad avant tout, avant les pétrodollars libyens qui achètent tant de prises de position, avant ses ambitions personnelles. Assurément, la guerre tchado–libyenne a été aussi un affrontement entre deux hommes, deux fortes personnalités ; elle a opposé un conquérant à un résistant, une armée d’occupation à une armée qui défendait son pays. Elle mobilisa l’attention de l’opinion internationale, captiva l’Afrique toute entière. Cette guerre vit la Libye mobiliser toutes ses relations, ses soutiens internationaux qui se sont dressés contre le peuple du Tchad et son armée, la légion islamique composée essentiellement de recrues d’Afrique Noire mais aussi les membres de la Ligue Arabe qui se sont placés aux côtés de Kadhafi, pourtant notoirement l’agresseur du Tchad. Dans le monde arabe, l’Algérie et le front Polisario envoyèrent des hommes pour massacrer des Tchadiens, les milices de Walid Joumblat du Liban vinrent secourir les forces libyennes d’occupation. Et toutes ces positions se faisaient officiellement au nom du soutien à un frère arabe en danger. Kadhafi, fort de ses milliards, avaient réussi à donner une coloration raciale à cette guerre qu’il avait lui-même lancée en occupant le Tchad et en le considérant comme indispensable à sa politique expansionniste comme il le disait lui-même en des termes non équivoques tels « le Tchad, notre profondeur stratégique », « le Tchad, le prolongement de la Libye » ou « le Tchad, notre espace vital ».

Hier, le Tchad, pays libre, se défendant contre Khadafi était considéré comme un pays non arabe par la ligue Arabe puisqu’elle se rangea aux côtés du frère arabe Khadafi. Aujourd’hui, le Tchad de Deby, valet de Kadhafi a été admis à la Ligue Arabe sur demande de Kadhafi (on a toujours besoin de chair à canon, n’est ce pas ?).

Et, sur quel soutien pouvait compter le régime de Hissein HABRE face à cette incroyable coalition ? Sur le soutien en demi-teinte de la France qui passait son temps à dissuader le gouvernement tchadien d’engager la reconquête du Tchad en mettant en place sa théorie du seizième parallèle, laquelle revenait à laisser la zone Nord du pays à la Libye ? L’Armée Nationale Tchadienne ne pouvait que compter sur les fils du pays dont le sacrifice a été inestimable, notamment leur participation matérielle et financière à l’effort de guerre qui a permis aux forces combattantes d’acquérir d’importants matériels de guerre. Comment s’étonner que la réputation des Tchadiens et celle de leur Président HH ont dépassé les frontières de leur pays, et tous les Africains et autres qui ont vécu cette période ne pouvaient que les respecter et les admirer après leur fulgurante victoire sur l’agresseur libyen.

La confrontation entre les deux hommes devait se prolonger sur le plan juridique auprès de la Cour Internationale de Justice de la Haye (CIJ) où la question de la bande d’Aozou fut posée, et c’est parce que le Tchad avait gagné la guerre, avait entre ses mains les prisonniers Libyens, que la Libye contrainte et forcée accepta la compétence de la Cour de Justice de la Haye. En 1992, le verdict tomba et donna raison au Tchad : Aouzou est une terre tchadienne, son annexion par la force a été repoussée par le sang des martyrs Tchadiens, son appartenance légale venait d’être consacrée à jamais par l’intelligente initiative du Président Hissein HABRE.

Le Président HH en homme d’Etat averti et parfaitement conscient de la puissance et de la capacité de nuisance de Khadafi avait parfaitement compris qu’il était indispensable de sécuriser le Tchad. Il fallait ôter définitivement à Kadhafi la possibilité de saisir à nouveau le prétexte d’un achat à Tombalbaye d’Aouzou, puis d’une soi-disant appartenance à la Libye de ce territoire. Sécuriser le Tchad pour l’empêcher de continuer à semer la désolation et l’instabilité dans notre pays. Khadafi pouvait continuer à diviser les Tchadiens avec ses pétrodollars, il a pu faire tant de choses, mais Aouzou ne pouvait plus jamais lui appartenir.

Pour comprendre les sentiments de Kadhafi après sa déconvenue au Tchad, il suffit de constater comment il a réagi quand ses propres concitoyens se sont soulevés contre lui. Il a refusé de les considérer comme des êtres humains ; c’étaient des rats, de la vermine à éradiquer, à nettoyer. Il s’était promis de les traquer ruelle après ruelle. Imaginez une seconde ses sentiments, quand lui et son armée se sont effondrés au Tchad. Le Tchad était pour lui un espace vital selon son livre vert, il était la phase 1 de son plan de conquête de certains pays africains particulièrement visés. Face à la résistance des Tchadiens, il en est devenu fou, ce fut pour lui une véritable obsession. Imaginez un instant ; si les jeunes libyens qui se sont soulevés sont des rats qu’étaient les Tchadiens qui le combattaient ? Et la guerre qu’il mena contre le Tchad, il en fit une affaire personnelle, une question d’orgueil, une question de fierté et il sacrifia la vie de milliers de jeunes libyens pour maintenir et essayer de réaliser ses ambitions contrariées. La vie des Tchadiens, appartenant aux différents mouvements de rébellion à sa solde, n’avait aucune importance pour lui ; c’était du personnel acheté qui devait s’exécuter tout simplement, c’est pourquoi quand certains d’entre eux prirent conscience de sa folie destructrice, il n’hésita pas une seconde à ordonner leur élimination physique.

La guerre entre la Libye et le Tchad était aussi la confrontation entre deux passions ; celle du Président Hissein Habré qui s’exprimait par un amour fou du Tchad, de son pays et quel meilleur témoignage que celui apporté par une grande personnalité sénégalaise, L’éminent juge Kéba MBAYE qui souligna : « L’engagement du Président Hissein Habré, pour la défense de la dignité de l’Homme Africain et ce au sacrifice de sa personne, pour lui rendre hommage. » cité dans un dossier sur l’affaire HH réalisé par le journaliste Abdou Latif COULIBALY.

Ce témoignage souligne que la guerre entre le Tchad et la Libye avait bien interpellé l’ensemble de l’élite africaine de l’époque qui en avait fait une lecture honnête et courageuse et s’était mobilisée sur les enjeux réels de ce conflit. Que cette élite africaine avait bien compris le courage politique du Président HH et son engagement pour la défense de son pays. Qu’un pays pouvait avoir des fils valeureux prêts à se sacrifier mais encore fallait-il qu’un leader se lève, soulève, organise cette lutte avec tous les risques que cela suppose. Ce courage était l’expression du courage légendaire des fils du Tchad et le peuple tchadien y a répondu parce qu’il s’y est pleinement retrouvé. Le Président Hissein Habré et le peuple Tchadien c’est une histoire de combat, d’engagement, de larmes de joie, de pleurs, de rires, de chants, de danses, de victoires inoubliables, d’images à jamais fixées dans la mémoire collective. Qui peut effacer cela ?

Deux passions avons-nous dit, celle aussi, de Kadhafi extériorisée par une folle obsession ; réaliser les Etats-Unis du Sahel par la déstabilisation des pays africains, par leur soumission totale. Une passion destructrice, ravageuse, balayant tout sur son passage et il choisit le Tchad, pour sa réalisation, pour notre plus grand malheur.

Le « fou de Syrte » comme on l’appelait à l’époque au Tchad, avait parfaitement compris que l’artisan de sa défaite était un certain HH qui s’était dressé face à lui, a mobilisé son peuple et son armée pour déjouer ses folles ambitions. Il le savait plus que n’importe qui, car il a suffit qu’on changeât le dirigeant à la tête du Tchad pour que lui et ses hommes puissent marcher sur ce pays. Il a ainsi pu faire défiler toutes les composantes sociales (des chefs traditionnels, coutumiers, sultans, etc) pour lui rendre hommage. Il a suffit de changer le Président du Tchad pour que l’élite politique s’agenouille devant lui ; de la servilité d’un Deby à la génuflexion du PM Yodoyman sans oublier les larmes de KASSIRE lors de sa visite à BAB AL AZIZA. Oui, comme l’a dit son ministre Ali TRIKI, « nous avions très vite compris (en faisant allusion avec mépris au défilé incessant de Deby et sa clique pour quémander des dollars), qu’au Tchad, nous nous battions contre un seul homme : Hissein HABRE, c’est à croire qu’il était le seul à aimer ce pays ! ».

C’est pour cela, qu’ayant compris que quelque part, il n’avait pas réellement vaincu son adversaire, que Khadafi se mobilisa corps et âme sans oublier ses pétrodollars, pour avoir sa revanche dans ce que l’on a appelé l’affaire Hissein HABRE, avec la même folie, la même obsession que celles qui l’animèrent jadis.

Aujourd’hui est un jour historique, et nous rendons grâce à Dieu, de nous avoir permis d’assister à cette chute. Nous remercions le TOUT PUISSANT de lui avoir montré les affres de la division, les souffrances de la guerre. Il a organisé, planifié les incroyables destructions dans notre pays, sans aucun état d’âme, sans pitié. Aujourd’hui, il a assisté et vécu les mêmes destructions. Il a décimé des familles entières et entrainé la mort de tant de fils valeureux du Tchad ; aujourd’hui, il sait ce que c’est que de perdre les siens. Nous avons une pensée pour un grand opposant de Khadafi, aujourd’hui disparu, réfugié au Nigéria depuis l’arrivée au pouvoir de Khadafi . Il y vécut une vingtaine d’années et il disait souvent : « chaque matin, depuis 13 ans, quand je tourne le bouton de ma radio, je me dis : pourvu que l’on annonce la chute de Kadhafi. Promettez-moi que si Dieu vous donne la chance d’y assister, de penser à nous Libyens qu’il a forcés à l’exil et de nous associer à vos prières ». Repose en paix, vieux Saleh ! Ce jour est arrivé ! ... Lire la suite sur Zommtchad.

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Photo montage : France24

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