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Cinquantenaire de l’Indépendance du Tchad : L’heure est au bilan

Publié par Ndouné sur 26 Janvier 2011, 23:03pm

Catégories : #Lu pour vous

Après plusieurs mois de préparatifs, les festivités marquant le cinquantenaire de l’indépendance du Tchad se sont étalées durant toute la semaine surpassée sur l’ensemble du territoire national. Quelle a été l’ampleur de la fête ? Que retenir au finish ? En voilà des interrogations.   

 

De mémoire des Tchadiens de la nouvelle génération, jamais une célébration n’a été aussi osée, grandiose, onéreuse, rocambolesque et... insolite. Autant de qualificatifs pour décrire la virtuosité de l’initiative. Les petits plats ont soigneusement été mis dans les grands pour agrémenter la fête. Des dizaines de milliards sont partis en joie, en fête ! Quelle boulimie !

 

 A quelques jours du jour J, la ville a été envahie par des banderoles, des affiches et des spots publicitaires audiovisuels. Mais, certains communicateurs avertis ont estimé que les contenus des messages étaient fades, car ils ne collaient pas avec l’ampleur de l’événement. On pouvait aussi noter l’arrivée des groupes folkloriques de l’arrière-pays, des lutteurs et autres corporations régionales logés dans les établissements publics, des artistes nationaux et internationaux appelés à la rescousse à défaut des structures d’accueil. C’est certainement cela qui a fait fuir la délégation camerounaise, qui a préféré rebrousser chemin, après avoir accueilli le président Paul Biya. Quatorze chefs d’Etat ont fait le déplacement de N’Djaména. Preuve que le Tchad n’est plus l’éternel enfant famélique malade de la sous-région, voire de l’Afrique.

 

On aura noté durant la quasi-totalité des activités, une présence active et participative du président de la République. Partout, c’était lui. Les organisateurs ne rataient aucune occasion pour chanter les mérites du « PR ». On aurait dit que ce fut le seul président durant les cinquante dernières années. Préservation de leurs fonctions oblige, les Tchadiens ont été bien servis. Idriss Déby Itno semble déjà dans la peau d’un candidat à la présidentielle (il vient d’être investi par son parti). Il se veut l’homme du peuple. Le 11 janvier, il était aux côtés de ses pairs toute la matinée au défilé militaire puis le soir au concert géant au stade Idriss Mahamat Ouya.

 

La veille, il a marqué de sa présence la nuit du Cinquantenaire à l’hôtel Kempinski où 50 personnalités parmi lesquelles des personnes peu ou pas connues ont été nominées. Le 12 août, rebelote ! Le président, dont les hôtes extérieurs sont repartis chez eux éberlués par l’arsenal militaire de dernière génération, a attendu la fin du défilé civil vers 14h 30 pour quitter la tribune officielle. Moins d’une heure après, il était à l’hippodrome pour la course des chevaux où malheureusement, les vainqueurs n’ont pas eu droit aux V8 comme les chameliers d’Amdjarass et d’Ati. La nuit, le président, et non son sosie, était assis en chair et en os, à la place de la nation pour le deuxième concert du cinquantenaire. Jusqu’à 23h, il y était. Sacré Déby ! « Il a certainement pris du CaC1000 Sandoz », a soupiré un téléspectateur assis dans un débit de boisson. Et durant tout ce temps, la première dame, Hinda Déby Itno, accompagnait son époux.  D’ailleurs, elle a gagné la longévité à la fête en assistant, jusqu’à très tard dans la nuit du 13 janvier, à l’élection « miss Cinquantenaire ».

 

Malgré la prodigalité des préparatifs, la célébration du Cinquantenaire a été jalonnée par des ratés qu’il y a lieu de relever. D’abord, les répartitions par région du budget de la fête relève d’une inéquation arbitraire. Car, comment comprendre que des régions à faible densité humaine bénéficient d’une enveloppe égale à certaines régions bigrement peuplées ? Il y avait déjà du Tchadien au commencement de la fête. Follow me !

 

Au défilé militaire du 11 janvier, la prestation des jeunes enfants a plus ou moins gâché la fête. Moins ou pas du tout formés, ces marmots, ayant presque tous l’âge d’aller à l’école, ont étalé au grand public et devant les médias internationaux, les lacunes accumulées à la base dans le système éducatif tchadien et qui se répercutent au secondaire, voire au supérieur et jusque dans l’administration publique. Leur connaissance de l’hymne national ne concorde pas véritablement avec le niveau des débutants. L’effet du public peut-être, mais rien n’est moins sûr. Cependant, ils ont mieux articulé la version arabe, ce qui ne laisse aucun doute sur leur provenance d’un milieu bilingue. Voilà en substance le message que les organisateurs ont voulu véhiculer. Sauf qu’il n’est pas fait obligation au Tchadien d’adopter le français et l’arabe comme langues nationales, mais l’une ou l’autre. Le hic dans leur prestation est que les colombes de la paix qui devaient s’envoler très haut dans le ciel, ont périclité vers le bitume. Est-ce un signe prémonitoire de la paix fragile qui règne sous nos cieux ? On ne le souhaite pas. Tout de même, l’échantillon de l’armada militaire exhibé par l’armée a suffi à adouber l’orgueil de certains chefs d’Etat présents ayant toujours borné à leurs a priori au passif du Tchad inscrit jadis sur la liste des pays pauvres et très endettés, à déficit alimentaire. Sauf que le Tchad militaire et le Tchad institutionnel se distinguent comme le blanc et le noir. A en croire les spectateurs de la télé Tchad ce jour là, le Guide libyen, les présidents camerounais et béninois, et certainement d’autres qui ont étouffé leur contentement, ont été béats de surprise.

 

La fête s’est déroulée sur un chantier, c’est le moins qu’on puisse dire. Le comité d’organisation des festivités (CONACE) a minoré, à dessein, l’inquiétude de la presse selon laquelle le temps était assez court pour peaufiner le monument du Cinquantenaire. « Nous serons prêts pour le Cinquantenaire », ont répondu en chœur, par voie de presse, le CONACE et l’architecte en charge des travaux. La radio nationale s’est empressée de leur emboîter le pas en vantant un chef-d’œuvre à la dimension de l’évènement. Heureusement, la veille de la fête, le ministre des Infrastructures, par ailleurs président du comité d’organisation, a rectifié le tir à la télévision nationale où il était l’invité du journal, en reconnaissant une avancée des travaux à hauteur de 85% et ce, grâce à la témérité de la présentatrice qui lui a posé la question. L’humilité a eu raison de lui au dernier virage. Ce qui est sûr, le président de la République n’aurait, semble-t-il, pas été du tout content de son rêve brisé, celui de montrer la nouvelle face infrastructurelle du Tchad, berceau de l’humanité, à ses hôtes.

 

En voulant célébrer avec brio cette fête, les organisateurs ont fait venir Pierre Pascal, l’animateur vedette d’Africa N°1 pour animer les deux concerts géants ainsi que l’élection « miss Cinquantenaire ». La première interrogation, qui vient à l’esprit, est celle de savoir où étaient partis les animateurs nationaux sur lesquels ont longtemps misé les organisateurs des concerts ? Même s’ils n’étaient pas à la mesure de l’événement, ce devait être une occasion de les faire former afin d’assurer valablement leur rôle aux yeux de l’humanité. Sans quoi, on aurait dû aussi faire venir de petites chinoises pour jouer aux majorettes à la place des Tchadiennes. On aurait dû faire défiler le dispositif militaire français stationné au Tchad, la France étant notre mère-patrie. Ce mercenariat organisé de toute pièce par le comité d’organisation prouve à suffisance que le Tchad est loin d’être indépendant, voire autosuffisant. En plus, la piètre qualité des matériels de sonorisation ont ajouté du fiel au miel de la fête.

 

 En initiant une élection « miss Cinquantenaire », dont les concurrentes devaient être âgées de 40 à 50 ans, le comité a voulu immortaliser la femme tchadienne, dont la beauté ne subit pas le coup de l’usure. Malheureusement, le « tchadinisme », ce fléau qui gangrène notre société, a écorné la dimension de l’activité. Le jury, qui devait avoir un cahier de charge bien défini, a jugé bon d’évoluer à l’aune de ses propres critères. Ainsi, toutes les femmes qui avaient moins de 50 ans ont vu leurs efforts multipliés par zéro, celles qui avaient parlé en langues nationales ont payé pour leur nationalisme inopportun en la circonstance au profit d’un bilinguisme grandiloquent. Dommage que l’élue de la soirée, la représentante du Tibesti, s’est exprimée en arabe locale qui n’est qu’une langue nationale, pas officielle. Partant, le jury s’est enlisé dans son propre piège dévoilant du coup une supercherie cousue de fil blanc. Résultat : Faire élire une candidate du BET, question de plaire au président de la République, natif de la même région. Félicitation madame la miss !

 

Les pagnes et tee-shirts conçus à l’effigie du cinquantenaire ont servi de vache à lait à certaines personnes qui s’en sont abreuvées à grand trait. L’occasion faisant le larron, des pagnes ont été vendus à 7.500 FCFA sur le marché alors que la tendance première étant à la distribution gratuite.

Pour assurer la fluidité de la circulation lors du Cinquantenaire, les autorités municipales ont cru bon de consacrer une ville sans engins à deux roues les 11 et 12 janvier derniers. Un petit tour en ville a suffi pour comprendre que la décision n’a eu aucun effet, pas même celui de l’eau sur les plumes d’un canard. Comme quoi, le fossé reste grand entre les gouvernants et les gouvernés.

 

Somme toute, la fête n’a pas atteint son faîte comme souhaité. Le bilan sera certainement plus désastreux économiquement et socialement car, loin d’être une occasion de réjouissance, le Cinquantenaire n’aurait servi qu’à enrichir quelques cleptomanes multirécidivistes imbus dans le détournement des deniers publics, à creuser le fossé entre privilégiés et défavorisés et à exacerber les frustrations latentes nées des injustices sociales. En attendant de beaux jours pour le centenaire de l’indépendance. Ceux qui vivront verront. Moralisation de la vie publique oblige, le ministère de l’Assainissement public aura du bois pour allumer à nouveau du feu avec la gestion des fonds déboursés pour la commémoration du Cinquantenaire.

 

Serge Abou Ouambi

Source : La voix du Tchad

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