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Crise Ivoirienne : Droit de réponse à la suite de la publication de l'article intitulé «Un fossoyeur africain est parti »

Publié par Ndouné sur 14 Avril 2011, 14:01pm

Catégories : #Réaction

Jean-Prosper_BOULADA-.jpgDroit de réponse du Dr Jean-Prosper BOULADA au Général Mahamat Nouri Allatchi sur son communiqué intitulé : ”Un fossoyeur africain est parti”, pour caractériser le pilonnage intensif de la force Licorne française sur la résidence du Président Laurent Gbagbo, suivi de son arrestation

Mon Général,

Par un communiqué publié le 13 avril 2011 sur le site Tchadanthropus, vous vous réjouissez du coup d’Etat institutionnel de la France contre la Côte d’Ivoire. Vous utilisez des termes durs comme “fossoyeur africain”, “dictateur” à l’encontre de M. Laurent Gbagbo, Président élu par plus d’une moitié de la population ivoirienne et reconnu par le Conseil Constitutionnel de son pays.

Que votre cœur balance pour l’homme du FMI, dont les recettes néo-libérales, ont fait leurs preuves en Afrique, cela peut encore se comprendre.

Mais en tant que leader d’un mouvement révolutionnaire, l’ANCD en lutte contre la dictature du Général Président Idriss Deby Itno, vous devez surtout vous préoccupez ce que pense le peuple. Et sur cette question de la Côte d’Ivoire, l’Afrique est divisée et la majorité de la génération montante est contre les interventions néo-coloniales des puissances occidentales dans les affaires intérieures des Etats africains, ce qui exige de vous modération, car vous représentez tout un peuple mais pas la moitié d’un peuple. Vous devez œuvrer à rapprocher les opinions antagonistes des différentes couches du peuple.

Je me demande, mon Général, si vous disposez suffisamment d’informations sur le processus électoral calamiteux en Côte d’Ivoire pour vous aventurer dans de telles approximations ?

La logique voudrait qu’il n’y ait pas d’élections du tout dans un pays coupé en deux, le Sud légaliste contrôlé par L. Gbagbo, le Nord par la rébellion crée, formée et financée par la France qui refusait, malgré la demande réitérée du Président L. Gbabgo, l’application du fameux accord de défense, qui la liait à la Côte d’Ivoire.

Vous en savez quelque chose, mon Général, c’est au nom de ce fameux accord de défense secret ou non qui a permis au Premier Président du Tchad, François Tombalbaye de faire appel à la France, pour lutter contre le Frolinat. A ce jour, la donne n’a pas changé dans notre pays.   Interventions militaires françaises aux différents noms de code, ma génération se rappelle de “Manta” et d’ ”Epervier”.

En Côte d’Ivoire, le Président Gbagbo n’est pas un chef d’Etat françafricain. Il ne rentre pas dans la moule comme les Blaise Compaoré, Idriss Deby, Abdoulaye Wade, Yayi Boni, Ali Bongo... pour préserver les intérêts économiques, géopolitiques, géostratégiques... de la France.

L’application de cet accord de défense permettrait-il à Laurent Gbagbo de changer les rapports de force dans son pays en sa faveur ? On serait tenté d’y répondre par l’affirmative, si on en juge par la situation actuelle où nous assistons à un déluge de feu de la force française Licorne, s’abattant sur la résidence du Président Laurent Gbagbo, jouxtant celle de l’Ambassadeur de France. C’est bien la France de Sarkozy et sa force Licorne qui a “capturé” le Président L. Gbagbo et son épouse et non les rebelles dits des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire, en les exhibant comme des bandits de grands chemins à l’opinion mondiale.

Qu’on s’entende bien : mon propos n’est pas de faire l’apologie des interventions militaires des puissances occidentales en Afrique. L’Afrique est mûre et est capable de résoudre ses problèmes. Mais à chaque fois, les Occidentaux, pour sauvegarder leurs intérêts économiques, s’interposent. Ils nous font la guerre par procuration et si cela ne suffit pas, ils interviennent directement en :

- occultant leurs intérêts économiques,

- diabolisant l’adversaire, en l’occurrence Laurent Gbagbo,

- inversant la victime et l’agresseur : en se faisant passer pour le défenseur de la victime : défense des populations civiles, démocratie...

- en occultant l’histoire des régions de conflits : quelle en est la cause ? Quels sont les tenants et les aboutissants ? Quel est le rôle des multinationales dans la genèse de ces conflits ? Non, ça ne les intéresse pas.

-     en monopolisant les infos : lynchage médiatique qui frise l’irrationnel

Tels sont les 5 grands principes (Michel Collon-Le Gri-Gri International du 12/04/2011) de la propagande de guerre néo-coloniale de Sarkozy et de l’administration d’Obama.

Avant de vous réjouir, mon Général, imaginez-vous un seul instant que quelque soit le contentieux électoral, vous soyez déclaré Président de la République du Tchad par le Conseil Constitutionnel. Mais la France, sous prétexte que vous ne cadrez pas à sa vision néo-coloniale au Tchad, vous déclare la guerre en faisant appel à ses amis appartenant au cercle restreint de la gouvernance mondiale. Les pays voisins du Tchad, ou même ceux appartenant à cette nébuleuse Union Africaine, tenus en lesse par les institutions financières de club d’amis de la France et d’Obama, vous tournent le dos et vous fassent aussi la guerre. En mettant en branle tous leurs réseaux françafricains, ils vous déstabilisent politiquement, diplomatiquement, économiquement et financièrement. C’est un combat de David contre Goliath. Est-ce pour autant qu’il faut absolument se ranger du côté du plus fort ? Du côté de celui qui a la démocratie d’opinion ? Je préfère me ranger du côté de celui qui a la démocratie de conviction. Ce n’est pas par ce que la démocratie d’opinion occidentale est si puissante, qu’elle a toujours raison.

Si vous vous réjouissez qu’un poulain  arrive dans le fourgon de la France à vous remplacer, cela veut dire que vous approuvez ce nouveau concept des puissances occidentales consistant à déloger par la force les chefs d’Etat africains  insoumis, puissent faire jurisprudence. A qui le tour ?

On traite M. Laurent Gbagbo de tous les noms d’oiseau. M. Gbagbo est loin d’un “fossoyeur africain” ni même un dictateur. J’imagine que vous succombez vous aussi au lynchage médiatique ambiant. Pour autant que je sache, ce n’est pas M. Gbagbo qui a initié le concept de l’ivoirité. Le mérite en revient à l’ex-Président Henri Konan Bédié, qui par un tour de passe-passe magique dont seule la politique a le secret, devient l’allié d’Alassane Dramane Ouattara(ADO), dans le RHDP.

C’est L. Gbagbo qui a modifié la Constitution ivoirienne dans des conditions ad hoc, pour rétablir la nationalité ivoirienne d’ADO, lui permettant de briguer, pour une fois, la magistrature suprême. Les accords de Ouaga ainsi que la principale mission de l’ONUCI, stipulent que pour aller aux élections, il faut d’abord désarmer les rebelles dans le Nord. Voilà les raisons qui ont conduit le Président L. Gbagbo, à repousser les élections présidentielles. M. Gbagbo a rempli sa part du contrat. L’autre partie n’a pas bougé d’un seul iota.  Et pour cause. Comme M. Gbagbo ne voulait pas se faire passer pour le responsable du blocage du processus électoral, il a accepté d’aller aux élections sur insistance des Occidentaux qui ont planifié leur coup d’Etat depuis de longue date: “quelque soit le cas de figure, Laurent Gbagbo sera battu” se sont-ils dits en aparté des négociations diplomatiques.

Dans de telles conditions, c’est à juste titre si vous me demandez, pourquoi le Président Laurent Gbagbo, a-t-il accepté d’aller tout de même aux élections ? Je crois avoir répondu à la question. L’autre question a-t-il vraiment le choix ?

Quelque soit le vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 en Côte d’Ivoire, les contentieux électoraux en Afrique sont nombreux. Ils n’ont jamais servi de base à une justification d’intervention militaire occidentale. Mais alors pourquoi la Côte d’Ivoire ?

Ce qui est incompréhensible, mon Général, c’est qu’après l’esclavage, la colonisation, 50 ans d’expérimentation du diktat du FMI et de la Banque mondiale, qu’il y ait une frange importante des Africains qui n’ont rien compris.

Nous devons comprendre que ce club de la gouvernance mondiale, l’Europe et les USA, sont conscients du processus de leurs déclins. Ils croulent sur des dettes publiques chiffrées à des milliers de milliards de dollars US. En même temps, ils sont assis sur des poudrières, qui peuvent exploser à tout instant, car le risque zéro, n’existe pas. Le Japon l’apprend à ses dépens. Ils ont décidé de se partager l’Afrique, nouveau partage faisant suite à la fin de la guerre froide, s’approprier ses matières premières et même que notre continent pourrait servir d’espace vital à leurs éventuels peuplements en cas d’accidents nucléaires. Leur égocentrisme, qu’ils savent tout, leurs puissances dites de dissuasion nucléaire et la puissance de leurs engins de mort, ne veulent rien dire à long terme, si ces grandes puissances ne se comportent pas comme des peuples épris de paix, de justice et soucieux de l’interdépendance des nations. Malheureusement, elles sont déjà en action. sur le continent pour se livrer à des coups tordus. Pour preuve, l’Afrique a-t-elle besoin d’Africom, cet instrument militaire de contrôle de l’Afrique, développé par les USA depuis 3 ans ? Toujours la vieille recette de diviser pour régner. Accentuer le morcellement de l’Afrique, privilégier les regroupements régionaux, CEMAC, CEDEAO... Freiner tout véritable regroupement panafricain. A ce sujet, le Président français Nicolas Sarkosy, est l’homme le plus dangereux. Il veut diviser l’Afrique du Nord de l’Afrique Subsaharienne : c’est la fameuse Union pour la Méditerranée(UPM) avec un relent raciste : exciter l’égo des Arabes de l’Afrique du Nord qui n’auraient rien en commun avec les Noirs subsahariens.

Quelle honte pour la France, pays des Droits de l’Homme et des Lumières. ! Quelle honte pour l’Afrique ! Quelle honte pour l’Union Africaine et les Guignols de Chefs d’Etats qui la composent !

En conclusion, mon Général, je suis peiné de votre prise de position.

Je vous prie de croire en l’assurance de ma très haute considération et de mes plus profonds respects.

Dr Jean-Prosper BOULADA, Président du Front Uni pour l’Alternance Démocratique au Tchad (FU/ADT)

Mobile : 0033 6 31 32 08 86

Email : boutrad@neuf.fr

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Moumine 15/04/2011 19:33


Je voudrais remercier cincèrement le Dr.Jean-prosper pour son sa réaction sur le propos trop grossier du Mr. le Général en qualifiant le Président Laurant Bagbo de "fossoyeur africain".
Je me demande Jusqu'à quand nous africains et particulièrement nous tchadiens devrions nous comprendre le virus que nous injectent ces occidentaux qui nous rend malade et nous tue depuis plus de 50
ans.
Je pense que nous sommes arrivés à la maturité politique pour comprendre que ces hommes blancs ne sont pas du tout pour notre bien et ne le seront jamais. Ce qui les intéresse c'est nos biens à
savoir notre terre, nos ressouces minérales.
Au prochain message je vous ferais savoir comment ces occidentaux et en particulier la France appliquent les décisions prises aux congrés de leurs révolutions antérieures sur le continent
africain.
Soyons prudents avec eux et ne nous jetons pas trop rapidement la pierre.


abouma 14/04/2011 14:42


Je suis dans l'ensemble d'accord avec votre analyse, il est plus que clair qu'ADO est le président du FMI, de même je trouve ça ignoble que le France intervienne militairement dans un conflit qui
n'est pas le sien et peut être même qui n’aurait pas eu lieu sans elle. Mais je voudrais faire une objection et émettre une réserve quant à votre neutralité.
- Mon objection : à la lecture des écrits de Mr Venance Konan, journaliste émérite ivoirien, sur la longueur, on constate que Laurent Gbagbo n’a fait qu’attiser les haines inter-ivoiriennes puisque
bien que revenant sur le concept « d‘ivoirité » il n’en a pas moins favorisé son ethnie et distribuer les postes clés à ses hommes de mains, ajoutez à cela qu’il a armé et laissé faire les
exactions, réelles, des milices des « jeunes patriotes ».
- Ma réserve : Du fait de la bigoterie du couple Laurent/Simone et de leur haine anti islam et du fait que, visiblement d’après votre nom de famille, vous êtes un Chrétien dans un pays
majoritairement musulman, je me pose la question, sans y répondre bien sur, si votre connivence avec M Gbagbo n’est pas plutôt d’ordre religieuse plutôt que pro-africaine.
Mes respects.


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