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Guerre au Mali - "Black Out" médiatique : absence d’images et d’informations ? Mais, que cache cette intervention ?

Publié par Ndouné sur 24 Janvier 2013, 00:54am

Catégories : #Lu pour vous

militaies-francais-mali.jpgL'armée française s'est déployée avec toute son armée, ses mirages, ses jaguars et ses hommes de troupes au Mali depuis 10 jours pour faire la guerre aux terroristes .Force est de constater que ce qui caractérise ces débuts de guerre, c’est l’absence totale d’image des zones de combat, mais aussi d’informations émanant de sources indépendantes sur ce qui s’y passe.

Comme nous le disions dans notre précédent article, on ne sait pas grand chose de ce qui se passe au Nord Mali et en tenant compte de la posture du black out médiatique adoptée par les autorités françaises, on peut être sûr qu’il y a une grosse manipulation de l’opinion. Ne dit - on pas que la première victime de la guerre, c'est la Vérité? Une  guerre est toujours annoncée par le monde politique qui s'empresse aussitôt dés son début, de contrôler l’information. On constate que  l’accès à l’information, en temps de guerre, a  évolué dans le temps, selon les  guerres, et selon parfois l’impact de cette information sur l’opinion. La gestion de l’information est différente  selon les pays, selon les cultures et les systèmes politiques.

Ainsi, a t-on considéré que la guerre du Vietnam a été perdu à cause des reportages des journalistes américains sur les victimes et les pertes américaines. L’opinion américaine choquée, s’est mobilisée contre la poursuite de la guerre. Il est intéressant de voir comment l’officier français qui a été tué lors du lancement de l’opération Serval au Mali, a reçu les honneurs de la République, avec une grande couverture médiatique. L’Etat français exprimait ainsi la reconnaissance de la nation.

L’émotion et la mobilisation de l’opinion recherchée et organisée quelque part  par ces cérémonies, sont à ce stade, positives, si l’on peut dire, elles sont, de ce fait, récupérées politiquement quoiqu’on en dise.  On peut s’interroger sur la poursuite de tels hommages si les pertes devenaient plus importantes. Il est certain que l’émotion de l’opinion à la vue d’une cinquantaine de corps par exemple, n’est plus la même, à coup sûr, elle se retournerait contre les politiques. Or le soutien de l’opinion dans une guerre est une chose fondamentale pour le moral des troupes .C’est ainsi qu’en comparaison, au Tchad , tout au long des multiples guerres, la pratique a toujours été de ne pas annoncer officiellement le nombre exact et l’identité des morts . Même si la population le sait, les hommes de troupe le savent. Ce n’est que récemment lors des évènements entre le MDJT et les forces de Deby qu’a été instaurée cette pratique malsaine de dresser une liste des morts « significatifs » dans des communiqués officiels.

Tirant les leçons de sa débâcle au Vietnam, l’armée américaine a totalement modifié sa politique de communication pendant les deux guerres du Golfe. Ainsi, le journaliste s’est vu transformé en militaire, revêtu d'une tenue militaire, il est embedded "embarqué" avec les militaires avec lesquels, il signe un pacte, se tait, accepte de dire que, ce qui a été convenu .Peut-on, dés lors s'étonner que l’ampleur des massacres commis lors des guerres du Golfe reste toujours un lourd secret de guerre. Le journaliste ayant totalement souscrit aux mots d'ordre de la guerre contre le Terrorisme, il a, en conséquence, tout accepté.

Si les pays Anglo-saxons considèrent les journalistes comme un mal nécessaire, en France, on se méfie des journalistes et on les empêche d’aller sur place, là où la guerre fait rage. Mais il serait plus juste de dire que les hommes de presse, dans ce pays, se considèrent plus comme  journalistes français que comme journalistes tout court. Ils sont totalement soumis à l’institution militaire, à qui tout est accordé et en tout cas, aucun rapport de force ne les oppose à la Grande Muette.

On peut relever que la France qui a, une longue tradition d’interventions militaires en Afrique, rien qu’au Tchad, on peut en compter plus de 8  importantes pendant lesquelles, un nombre important de ses militaires ont perdu la vie, que beaucoup d’entre eux, ont été enterrés  sur place au Nord du Tchad et pourtant aucun journaliste n’a jamais essayé de se départir de la version officielle de l’histoire. De même, les exactions, les dérapages effroyables des bidasses sont autant de crimes contre l'humanité qui, paraît- il, seraient imprescriptibles. Aucun journaliste français ne se risquerait à lever le rideau sur la face cachée et sale des interventions militaires de l'armée française en Afrique.

Ainsi par exemple, la dernière intervention militaire française en Côte d'Ivoire pour procéder à l’arrestation de Laurent Gbagbo, qu'en a t-on su finalement ? Même un an après ?

On constate donc que si les hommes politiques, en temps de guerre, organisent une censure totale, où mettent en place une véritable politique de communication avec des briefing, des communiqués, et parfois même inondent les médias d’images, d'informations choisies, on peut déplorer la posture du journaliste qui travaille pour défendre la politique de son pays, tout en se présentant comme exerçant librement son métier. Quand les journalistes sont "embedded", ils contribuent à museler l’information. Par exemple, ce ne sont pas des journalistes qui ont révélé au monde les actes de torture à Abougraib et Guantanamo. Ces images insoutenables sur les tortures à Abougraib, à Guantanamo, ont été diffusées par les soldats américains sur les réseaux sociaux. Ce précédent a bien été noté par les Etats majors militaires, c’est ainsi qu’aujourd'hui des mesures importantes de restriction contre les jeunes soldats de l’armée française au Mali, ont été prises.

Une véritable ligne de conduite a été dictée sous peine de sanctions, surtout lorsqu’ il y a un déploiement au sol de troupes. Par exemple ; au moment de la guerre en Libye, alors que l' envoi des troupes n’ avait pas encore été annoncée officiellement, un soldat avait twitté :" fais chier, ce départ en Libye dimanche" ce qui pouvait être gênant . Aujourd'hui au Mali, les militaires français  n’ ont pas le droit d’ envoyer des messages datés, des photos avec arrière plan, ou d’ écrire des messages révélateurs, pas de localisation, l’ accès internet est totalement bridé.

Le grand paradoxe, c'est que de l’autre côté, on communique aussi en utilisant toutes les nouvelles technologies, communiqués, interview par téléphone satellitaire, vidéos sur les événements. C'est sur Twitter que les shebabs somaliens ont diffusé les images de l’otage français exécuté. Autrement dit, les islamistes radicaux développent une véritable guerre médiatique dont l’ enjeu est l’ opinion des pays visés qu’ on cherche à atteindre, à terroriser, mais cette guerre médiatique vise aussi à faire la propagande de leurs idées. Ainsi dans le cas des djihâdistes au Mali, plus le djihadiste combat et est combattu, plus il trouve un sens à la cause qu’il défend et peut faire des recrues dans le monde entier. On peut s’attendre à des vidéos sur certains événements comme récemment sur le site gazier en Algérie et même au Nord Mali.

D’ailleurs, au début des évènements, on nous avait annoncé la prise de Konna, ce que l’un des djihadistes s’est empressé de démentir. Au finish, c’était lui qui disait la vérité et c’est furieusement que le démenti fut diffusé. Les officiels français avaient cru aux déclarations des militaires maliens qui avaient dissimulé l’ampleur de leur débâcle !

Le muselage des médias s'explique, aussi par le fait, que depuis une dizaine d’ années, les  opinions publiques ont été largement sensibilisées sur les crimes de guerre et crimes contre l’ humanité. Dés lors, laisser les journalistes découvrir qu’on est venu liquider des cibles précises quel qu’en soit le prix en termes de vies humaines,  est un risque que l’armée française ne souhaite pas courir dans la mesure où les dérapages de ses hommes sur le terrain sont nombreux ! Même si on est bien d’accord que la CPI a été crée  pour les Africains puisque ce sont les seuls criminels sur terre, n’est-ce pas? C'est tellement vrai, qu’on a déjà actionné les enquêteurs de la CPI qui, sont à Bamako pour faire peur à l’armée malienne, déjà clairement accusée de crimes ethniques. Ce sera d’ ailleurs, l’un des casse tête de l’ armée française qui a déjà laissé entendre qu’ elle n’ irait pas au delà de Mopti qui est la ligne de démarcation entre le pays Touareg et le reste du pays.

La rancœur est telle que tout le monde s’attend à des graves exactions sur les populations Touareg, les officiers français en sont  parfaitement conscients et les enquêteurs de la CPI feront office d’épouvantail, se rassure t-on à l’Etat major français. On peut toujours rêver. Soulignons que par hypothèse, les gars de la CPI sont là pour les militaires maliens et accessoirement pour les autres soldats africains composant la MISMA, tous présumes coupables comme dirait Sidiki KABA, ancien président de la FIDH et inventeur de la théorie du "présumé coupable" dans l’ affaire Hissein HABRE. En aucun cas donc, la CPI n est là pour mettre le nez dans les affaires de l’armée française au Mali. Qui peut dire le contraire ?

Après 10 jours de guerre, en l'absence d'informations crédibles, on peut relever que la menace terroriste a été incroyablement exagérée au vu de ce qui se passe sur le terrain, ainsi a  t- on appris que Diabali a été prise et occupée par une cinquantaine de djihâdistes seulement !  L'armée française avec sa toute  puissance, se serait déployée pour balayer un petit groupuscule de djihâdistes! Après quelques bombardements, les djihâdistes replient complètement vers les montagnes et il n’ y a pas vraiment de combats importants.

La France qui préparait, depuis un long moment cette intervention, ne pouvait ignorer cet état de fait. Il est évident que, de part, les observations satellitaires, et les multiples renseignements, l’armée française savait et ce,  bien avant, le commencement des hostilités que les djihadistes ne pouvaient pas constituer une réelle menace pour sa sécurité ni pour la  sécurité des pays de la sous région. La constitution de stock de carburant, pendant ces derniers mois, par  la frontière algérienne, était suivie par l’état major français , de même, grâce aux Algériens, la cache abritant une quarantaine de missiles sol-air, avait été découverte et vidée de son contenu . On pense à Alger que l’opération commando contre le site gazier était une mesure de représailles contre le gouvernement algérien à cause de cette affaire de missiles subtilisés. On peut ajouter que c’est donc totalement rassurés que les mirages et jaguars français ont pu bombarder sans crainte d' être abattus par des missiles .

D'où de nombreuses interrogations sur les objectifs d’ une guerre qui n’ en est pas vraiment une, tout au plus, parlons d’une intervention légère mais considérablement enflée médiatiquement. Faut- il y voir des motifs politiques pour François Hollande, qui fortifie son image en lui ajoutant l’ indispensable casquette de chef de guerre en sachant pertinemment que les risques sont minimes, l’ ennemi n' étant pas aussi dangereux qu'on veuille le faire croire. Les politiciens de droite ont commencé à le comprendre d'où les critiques qui commencent sur la guerre au Mali.

Il est prévu dans cette guerre que les troupes africaines doivent venir en appoint aux forces françaises,  seulement, c’ est loin d’ être la bousculade , c'est dire que la guerre médiatique et les coups d éclat des djihâdistes ont fait leur effet. Cela signifie aussi que l’information à travers les chaînes étrangères, et les autres  supports, passe malgré le black out des médias français à traiter l’information de l’autre camp car considéré comme ennemi. Ce qui est consternant, c’est qu'on voit se préparer au débarquement à Bamako, des armées africaines sans véhicule, sans munitions, sans motivation, et sans expérience pour la plupart .Cela signifie qu’il reviendra à l armée française de les équiper, de leur donner des véhicules, des munitions, de les nourrir, d’assurer  la gestion, le management du commandement et la définition des missions et positions dévolus  à chaque groupe sans compter les problèmes de dérapages et de langue à gérer.

Malgré le fait que cette guerre n'en est pas vraiment une, les autorités françaises l'ont inscrite dans le long terme, tout en souhaitant éviter l’ensablement par un allégement de son dispositif au profit d'un positionnement des forces africaines. Ce qui, bien entendu, suscite inquiétudes chez les africains qui craignent de voir des actes terroristes les frapper, chez eux, mais aussi de subir une guérilla et des attentats. L'expert en matière de terrorisme, Roland Jacquard, n’ a t-il pas dévoilé lors d'un débat télévisé que le djihadiste Mocktar Ben Mocktar avait monté récemment un projet d 'attentat contre la base militaire française de Ouakam à Dakar qui avait été déjoué de justesse.

L'action militaire de la France au Mali présentée, d’ abord pour sauver Bamako puis pour s’arrêter à la ligne de démarcation et finalement pour reconquérir tout le pays , n’ a pas encore dévoilé tous ses objectifs qui, comme on a pu le constater, évoluent suivant le déroulé relativement aisé et sans risques importants pour ses hommes sur le terrain. Il est évident que la menace djihadiste a été enflée considérablement  de manière à rendre possible cette intervention qui pouvait s’avérer impopulaire, après le retrait des troupes françaises d'Afghanistan, très apprécié, par l’ opinion publique française.

La prise d'otages sur le site gazier en Algérie mais surtout les positions du Président Egyptien et du ministre des Affaires Etrangères tunisien condamnant l’intervention militaire française sont source d’inquiétudes pour la paix dans l’espace sahélo saharien. Le président Français a martelé que la France n’avait aucun intérêt au Mali et qu’elle n’intervenait qu’en aide au peuple malien attaqué par les terroristes.

Carte-de-Mali---petrole.jpgCela devient insupportable que de tels discours soient tenus sans qu’aucune voix ne vienne démontrer le contraire. C'est d’ ailleurs le discours qui s’applique à tous les pays africains, martelé par les hommes politiques de l’hexagone, et propagé par la presse française. Les entreprises françaises au nombre de 50, les récentes recherches pétrolières au Mali et les révélations sur un accord entre le groupe français Total et le Qatar  pour une exploitation des bassins riches en pétrole et en gaz situés dans le Nord Mali apporte une nouvelle dimension à l'intervention militaire française. De même, la France a besoin de la position  stratégique du Mali pour assurer la protection de ses intérêts dans toute la zone, qui va de la sécurisation du site d’ Areva au Niger qui fournit, à lui seul, les 2/3 de la consommation énergétique de la France, au site gazier en Algérie, à ses  intérêts en Côte d'Ivoire, et au Sénégal. Tout cela est considéré comme n’ayant aucune valeur pour l’establishment français. Quand est- ce que l’élite politique française arrêtera de faire croire à son opinion que l’Afrique ne lui sert à rien, qu’elle n’ y a aucun intérêt et que finalement, hier comme aujourd'hui, son action est le prolongement de sa mission civilisatrice sur le continent.

Carte-du-Mali---minerais.jpgAinsi donc, il y aurait un enjeu capital à ne jamais avouer qu’ on intervient pour défendre des intérêts économiques,  politiques, stratégiques. Oui ! il est fondamental que l’ image de l 'Afrique reste toujours pour les jeunes écoliers français, celle d'un continent d’ assistés, de pauvres, de pays qui ne  rapportent rien à la France qui  n’ y a aucun intérêt comme dirait Hollande, comme l'ont clamé Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et tant d autres!

C’est comme cela que l'élite est formée, formatée pour pérenniser le système et devenir des dirigeants totalement décomplexés. A l’inverse, voilà ce qu'a déclaré le président de l 'Union Africaine, le président béninois  Yaya Boni :"Je voudrai remercier du fond du cœur la France, son président mais aussi tout son peuple pour cette intervention au Mali, l'Afrique n’oublieras jamais cette action noble qui vous grandit encore plus dans nos cœurs." En réponse à cette tirade enflammée du président de l'UA, le parti FN de Marine LE PEN a déclaré qu'il fallait envoyer à la guerre au Mali, tous les maliens de France au lieu de faire courir des risques aux soldats français!... Lire la suite sur Zoomtchad.

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