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Francophonie/ Françafrique : noir bonnet et bonnet noir !

Publié par Ndouné sur 30 Novembre 2014, 21:09pm

Catégories : #Françafrique

Pendant 48 heures, La France a victorieusement organisé un drôle de petit forum en Afrique dans lequel, au nom de la langue, de la culture et des « valeurs » françaises, elle n’a rien fait d’autre que de recréer la Françafrique de sinistre mémoire, par l’acrobatique alchimie d’une reconfiguration en douceur d’une aire d’influence géopolitique gauloise à l’échelle mondiale.

Francophonie-a-Dakar----le-XVe-sommet-de-l-Organisation.jpgL’Histoire l’a d’ores et déjà retenu : les 29 et 30 novembre 2014, le XVè sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) s’est tenu en terre sénégalaise à Dakar. L’occasion a été absolue pour François Hollande, président de la République Française de, non seulement faire le beau  - avec force cocoricos - au milieu de tous ces chefs et représentants d’une cinquantaine d’états et de gouvernements que les vicissitudes de l’Histoire avaient placé sous la férule, la tutelle ou la domination coloniale de la France, mais surtout pour remodeler ce pré-carré français qui bat piteusement de l’aile depuis deux décennies. C’est dans cette logique que l’ex compagnon de dame Trierweiller s’escrime donner de nouveaux habits à la Françafrique en lui faisant porter un masque qui ne trompe en réalité personne, ni en Afrique, ni ailleurs.

Personne n’est dupe : L’organisation Internationale de la Francophonie n’est en fait rien d’autre qu’une réactivation sournoise de cette Françafrique qui a laissé peu de bons souvenirs ici et là.

Question à 1000 balles : A quoi servirait-il à un pays africain, en ce 21è siècle ultra mondialisé, de faire partie d’une espèce de club de dupes au milieu duquel La France pérore, joue les chefs d’orchestre, se donne des airs de parrain – dans le sens le plus maffieux du terme -, promet tout, ne donne en réalité rien sans contrepartie, et persiste à jouer les tuteurs sur les plans économiques, militaire, et politique ? A rien bien entendu.

L’Organisation Internationale de la francophonie, nous dit-on depuis sa création en 1970, est une institution dont les membres  – États et gouvernements -  portent la langue française et un certain nombre de valeurs franchouillardes en bandoulière. Dans le registre de ces valeurs,  on nous a toujours cité pêle-mêle : la diversité culturelle, la paix, la gouvernance démocratique, la consolidation de l’État de Droit, et même … la protection de l’environnement !

A vue de nez, l’Organisation Internationale de la francophonie devrait donc théoriquement constituer une vaste plate forme de promotion de la culture et des valeurs portées sous l’étendard des idéaux français. Malheureusement – ou en marge de ce postulat de façade – il existe à l’intérieur de cette organisation apparemment lisse, une conférence des chefs d’États qui se tient systématiquement à l’occasion de chaque sommet.

Et c’est à l’intérieur de ce cadre que se retrouvent les chefs d’États pour parler d’autre chose que de culture, et exclusivement de politique et … « d’intérêts. »

C’est dans cette conférence où la France se tient au bout de la table que les uns et les autres ont été surpris d’entendre François Hollande donner des leçons de gouvernance et d’alternance politique aux chefs d’États  - notamment africains – qui, pour la circonstance, ont frénétiquement gigoté sur leurs chaises.

Ainsi le président Hollande a, sans ambages, évoqué, non seulement les dernières élections en Tunisie, mais surtout le tonitruant renversement de Blaise Compaoré au Burkina Faso à la fin du mois d’octobre dernier. Concluant son propos, il ne s’est pas gêné d’adresser une recommandation aux allures de menace à l’adresse des dirigeants qui s’obstineraient désormais à se maintenir au pouvoir pour plus de deux mandats par le biais du tripotage des constitutions ou la dictature.

Il est clair qu’il s’adressait – sans les regarder dans les yeux à Paul Biya, Idriss Deby, Denis Sassou Nguesso, Joseph Kalibla ou encore Faure Eyadema et Yayi Boni.

En clair, François Hollande a affirmé sans détour que la Francophonie est avant tout « soucieuse des règles en démocratie, de la liberté du vote, du respect des lois constitutionnelles et de l’aspiration des peuples à des élections libres. »      

Une rhétorique condescendante, et seule digne du bon vieux temps de la colo, mais qui affirme en tout cas sans équivoque la détermination nouvelle de la France à voir désormais  - et aujourd’hui plus qu’hier - les chefs d’États membres de la Francophonie  en rang, au garde à vous et à ne plus exercer plus de deux mandats présidentiels.

Ce discours pourrait faire sursauter tous ceux qui, au lendemain de son accession à la présidence de la république Française, avaient entendu François Hollande annoncer, les sourcils froncés, la fin de la « Françafrique » ainsi que celle des rapports équivoques et malodorants de la France avec les dictatures africaines.

Par la suite, on a vu le même Hollande traiter les petits potentats africains de haut, voire les regarder de travers : accorder une poignée de main froide à Kabila, ne pas adresser la parole à Idriss Deby – voire quitter la salle pendant que Deby prononçait son balbutiant discours -  ou décommander à la dernière heure une audience déjà programmée, mettre Paul Biya en quarantaine, ou même snober Ali Bongo.

Tout cela n’a duré que le temps de la prise en compte des vrais intérêts de la France dans la géopolitique mondiale, au sein de laquelle la France ne représente pas grand-chose sans la cohorte de ses anciennes colonies ou pupilles. François Hollande a dû revoir son opinion au sujet du dictateur Tchadien après que celui-ci eût envoyé ses soldats en première ligne au Mali soutenir les légionnaires français et servir par la même occasion de chair à canon bon marché; quant à Paul Biya, c’est à la suite de libération de sept touristes français kidnappés au Cameroun que les relations se sont dégelées.

Le pragmatisme politique, pour ce qui est de la préservation des intérêts de l’Hexagone, a par-dessus tout ramené le président socialiste aux incontournables réalités, et l’a poussé à reconsidérer ses états d’âmes personnels. En effet, dans ses premières envolées, le nouveau locataire de l’Élysée n’avait pas encore eu le temps d’évaluer l’intérêt des bases militaires françaises en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Gabon et en Centrafrique, les fabuleux avantages du maintien du Franc CFA dans les pays d’expression francophone, sans oublier les faramineux dividendes des dessous des exploitations de pétrole ou de bois au Gabon, au Congo, en Centrafrique ou au Congo.

C’est ainsi que François Hollande, faisant semblant d’avoir jeté la Françafrique à la poubelle, a subitement engagé la Francophonie à s’investir – sans l’air d’y toucher -  sur le terrain politique, notamment dans la médiation dans les crises : les implications de plus en plus affirmées dans les missions de consolidation de la paix, dans celles de la promotion de la démocratie, d’observations d’élections, l’envoi de médiateurs dans les conflits intérieurs etc …

La meilleure – qui n’a été que tout récemment mise à jour -  est qu’au moment où Blaise Compaoré s’escrimait à  se maintenir au pouvoir, la France lui avait promis sa reconversion comme secrétaire général de la Francophonie après Abdou Diouf ! 

Conclusion : la Francophonie n’est rien d’autre qu’un relais de la diplomatie Française. D’ailleurs il est connu qu’aucun candidat au poste de secrétaire général de l’OIF n’est arrivé à ce poste sans l’assentiment de l’Élysée. Aussi bien Boutros Boutros Ghali qu’Abdou Diouf. Le successeur de ce dernier n’échappera d’ailleurs pas à cette indubitable logique.

La nouvelle génération d’intellectuels africains qui ont la responsabilité de diriger les nouvelles démocraties en émergence ont pleinement intérêt à bien ouvrir leurs yeux, à reconsidérer les concepts toujours fumeux que les pays occidentaux leur servent soigneusement emballés dans n’importe quoi. Même dans la culture.

Il n’est certes pas question de tourner brutalement le dos aux vieilles relations internationale et même historiques, mais tant que la France ne s’en tiendra qu’à sauvegarder ses seuls intérêts sur notre continent  – dans la logique du général Charles de Gaule qui aimait dire que la France n’a pas d’amis, mais seulement des intérêts – l’Afrique devra toujours se comporter vis-à-vis de ce pays ami de longue date comme si elle dinait avec le diable : utiliser une longue, très longue fourchette. Et aujourd’hui, il est plus que jamais constant que la Francophonie qui fait actuellement le Buzz n’est qu’un succédané de la Françafrique. Francophonie et Françafrique ? C’est au bout du compte NOIR BONNET ET BONNET NOIR !

Par A.K | Ndjamena-matin

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Photo : laprovence.com

 

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annuaire prestataire france 15/12/2014 11:31

la relation entre la France et l’Afrique, particulièrement dans sa partie francophone, possède une consistance encore multiforme, c'est pourquoi la France cherche à construire un nouveau
partenariat vigoureux et privilégié avec l’ensemble du continent africain

senegal 03/12/2014 12:16

Vive la francophonie ! Vive la françe-Afrique

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