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Gbagbo : l’intégralité de sa déclaration à la CPI (retranscription)

Publié par Ndouné sur 7 Décembre 2011, 01:25am

Catégories : #Justice

gbagbo-cpi.jpg"Madame, les conditions de ma détention à la Cour, ici, à la Cour… à La Haye, sont correctes. Ce sont des conditions normales de détention d’un être  humain. Voilà. Mais c’est mes conditions dʹarrestation qui le sont moins.

 Jʹai été arrêté le 11 avril 2011 sous les bombes françaises. Président de la République… La résidence du président de la République a été bombardée du 31 mars au11 avril, et c’est dans ces décombres‐là, le 11 avril, pendant quʹon me bombardait, quʹon bombardait la résidence qui était déjà à terre — nous, on se cachait dans les trous de la résidence —, et une cinquantaine de chars français encerclaient la résidence pendant que les hélicoptères bombardaient. C’est dans ces conditions-là que jʹai été arrêté.

 Jʹai vu devant moi mourir mon ministre de l’Intérieur — Tagro. Jʹai vu mon fils aîné, qui est encore détenu en Côte dʹIvoire… Je ne sais dʹailleurs pas pourquoi on lʹa arrêté. C’est peut‐être parce quʹil est mon fils. Je lʹai vu battu. Jʹai vu mon médecin personnel qui était avec moi, le Dr Blé qui est encore à Korhogo ; je lʹai vu battu et jʹai cru même quʹil allait mourir mais, Dieu merci, il nʹest pas mort. Mais Tagro a eu moins de chance — le ministre de l’Intérieur. C’est dans ces conditions que ça sʹest fait.

Bon, je ne vais pas continuer parce quʹon nʹest pas dans le procès mais je veux dire : les conditions de lʹarrestation sont celles‐là. C’est lʹarmée française qui a fait le travail, et elle nous a remis aux forces dʹAlassane Ouattara, qui nʹétaient pas encore les forces régulières de la Côte dʹIvoire, parce que les forces régulières travaillaient avec moi. On nous donc amenés à 1 lʹhôtel du Golf, qui était le siège de campagne de M. Alassane Ouattara, le 11 avril, et le 13 lʹOnuci mʹa transféré… enfin, nous a transférés, moi et mon médecin personnel… on nous a transférés à Korhogo, à peu près à 600 kilomètres au nord de la Côte dʹIvoire.

Jʹétais logé dans une maison. Il y avait un lit, moustiquaire, une douche. Donc, là… Jʹavais deux repas par jour, à ma demande, parce quʹon mʹavait proposé trois.  Généralement je ne mange pas trois repas par jour ; je nʹen mange que deux. Donc, le problème nʹétait pas là, mais je ne voyais pas le soleil. Je ne savais ce qui se passe dans le ciel que quand il pleuvait sur le toit. Je ne voyais pas le soleil. Les quelques rares fois où jʹai vu le soleil, que… tant que mes avocats, ils sont venus… ils sont venus à cause des difficultés. Alors, même Me Altit est allé jusquʹà  Korhogo. Il a fait deux jours. On lʹa empêché de me rencontrer. Et ça a été tout le temps, comme ça, une bataille entre les avocats et mes geôliers pour que je puisse avoir… Alors, ce nʹest pas… Je pense que, ça, ce nʹétait pas correct. Bon, là aussi, je vais mʹarrêter parce que ce nʹest pas une séance pour apitoyer les gens ; jʹessaie de décrire ce quʹil y a à dire. Lʹenfermement, sans pouvoir marcher, sans pouvoir voir le ciel, sans pouvoir sortir a fait que jʹai eu des nouvelles pathologies en plus de celles que jʹavais déjà. Et je ne suis plus un jeune, comme vous le voyez, Madame. Je ne suis plus un jeune de 20 ans ni de 30 ans ; jʹai aujourdʹhui 66 ans. Donc, aujourdʹhui jʹai mal à lʹépaule, jʹai mal à tous les poignets. Ici même, quand je suis arrivé, heureusement qu’on mʹa fait des radios, on me donne des médicaments. Donc, voilà ce que je souhaitais dire.

 Sur mon transfert à La Haye, Madame, je suis tout juste surpris par certains comportements. Si on me dit «Gbagbo, tu vas aller à La Haye», je vais, je monte dans lʹavion et je viens à La Haye. Mais là encore on nous a trompés. On mʹa appelé, on me dit que je vais rencontrer un magistrat à Korhogo dans le cadre de je ne sais plus quelle affaire. On a attiré mes avocats là‐bas, et pendant quʹon discutait, le juge de lʹapplication des peines est arrivé avec un papier que je nʹai d’ailleurs pas lu : «Voilà le mandat dʹarrêt». Donc, immédiatement, il faut quʹon fasse une séance. Ils ont improvisé là, alors que mes avocats nʹétaient pas préparés à ça, alors que moi‐même je nʹétais pas préparé à ça. Ils ont improvisé, là, une séance de jugement pour que la Cour donne son autorisation à mon enfermement. Madame, je ne regrette pas dʹêtre là ; je suis là. On va aller jusquʹau bout. Mais je dire veuxquʹon peut faire les choses de façon plus… plus normale. On nʹa pas besoin de se cacher… Jʹai dirigé ce pays pendant 10 ans; je nʹai pas fait ça. Je nʹai pas fait ça. Et quand cette séance volée sʹest achevée, mon geôlier mʹa pris dans la voiture pour me ramener à mon lieu de détention. Et puis, à un moment, je vois quʹon dépasse le lieu de détention. Alors, je lui dis « Mais on a dépassé lʹendroit ».

Il me dit : «Non, on va à lʹaéroport. Parce que lʹaéroport nʹest pas éclairé, à partir de 18 h 30 il faut que lʹavion sʹenvole». Jʹai dit : «Je vais où en avion?» Il nʹa même pas eu le courage de me dire : «Vous allez à La Haye.» Il me dit : «Vous allez à Abidjan.» Alors jʹai ri parce que jʹavais compris. Et cʹest comme ça je suis venu sans rien, sauf avec mon pantalon et ma chemise — sans rien du tout. Donc, je signale cela pour que vous puissiez prendre des précautions pour que prochainement, dans dʹautres pays, dans dʹautres cas, cela ne se répète plus, parce que ça ne sert à rien, ça ne sert à rien. Ça fait croire quʹil y a des gens qui sont de mauvaise volonté, qui nʹont pas envie de comparaître. Si on mʹaccuse, c’est quʹon a des éléments de preuve pour mʹaccuser ; donc je comparais. Je vais voir ces éléments de preuve, je vais les conforter… les confronter à ma vérité à moi, et puis vous jugerez. Mais ce nʹest pas bon quʹon essaie de jouer des tours de passe‐passe.

Madame, voilà ce que je voulais vous dire sur mes conditions dʹarrestation, de transport… de transfert et de vie ici. Ici, on vit normalement. Ici, je nʹai pas de problème. Voilà, Madame. Merci."

Source : Le Nouveau Courrier

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