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L’armée française est-elle un tigre en papier ?

Publié par Ndouné sur 18 Juillet 2014, 11:00am

Catégories : #International

En France, tous les observateurs en sont babas à l’heure qu’il est : Rien ne va plus dans l’Armée française où tous les indicateurs sont au rouge vif depuis au moins deux ans. Ainsi, la Cour des Comptes, abasourdie et désorientée par les plus récentes données informatiques et budgétaires, n’a plus eu d’autre choix que de hurler poliment, mais fermement à François Hollande de mettre un bémol sur sa frénésie militaro-justicière.

 

Armée française en AfriqueDans un très récent rapport relatif au budget de l'Etat adressé au Président de la République Française, la Cour des comptes s’est vigoureusement ému des insondables difficultés financières dans lesquelles se débat désespérément le ministère de la Défense depuis un certain temps.

 En effet, au-delà des formules policées, dulcifiées  et ampoulées de rigueur des correspondances administratives,  la Cour des Comptes a fermement constaté et fortement stigmatisé le nombre excessif des opérations militaires extérieures non budgétées, et de plus indubitablement plombées par des lourdeurs administratives qui ne peuvent qu’affecter le moral des troupes.

La situation est tellement préoccupante qu’elle a fuitée au point de  parvenir  au journal iconoclaste « Marianne »  dont le sang n’a fait qu’un tour. Conséquence : dans un article au vitriol, le journal de jean François Khan s’est posée la brûlante question : « La France a-t-elle encore les moyens militaires de ses ambitions politiques ? »

 

L’occasion a été tout à fait indiquée pour signaler au président va-t-en guerre  que faire la guerre a un coût, tout en lui rappellent La menace récente — et inédite — de démission collective de tout l’état-major militaire de las Armées qui, craignant de nouvelles coupes budgétaires, n’a tout récemment pas fait moins que de lever un coin du voile sur l’état d’exaspération qui règne dans les casernes et jusque chez les très hauts gradés.

 Dans une lettre envoyée le 9 mai dernier  à Manuel Valls (et adressée en copie à Michel Sapin), Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense,  avait ainsi  signifié sans ambages « sa très forte préoccupation face aux graves conséquences militaires, industrielles et sociales » d'un coup de rabot supplémentaire dans le Budget de l’Etat en faveur des dépenses militaires.

Ce pessimisme qui dit clairement son nom est justifié par cet inquiétant constat de la cour des Comptes : « Les opérations extérieures françaises ont notamment entraîné un surcoût non budgété pour ce qui concerne le maintien en condition des matériels, les munitions et le carburant (de l’ordre de 400 millions d’euros) ainsi que pour les activités de renseignement (+ 60 millions d’euros). » 

  

L'armée a-t-elle les moyens  de ses ambitions politico-militaires ?

 

Ce constat, il faut le dire, ne date pas d’aujourd’hui ; il  remonte à plusieurs années antérieures pour le compte desquelles les opérations militaires extérieures françaises avaient fait l’objet d’une budgétisation insuffisante. Il en découle que si les dirigeants français ont la flamboyante propension d’expédier les forces françaises sur des théâtres d’opérations aux quatre coins du monde, ils n’ont jamais pris la peine ou la précaution élémentaire d’anticiper le coût de ces opex.

Illustration : La loi de finances 2013 prévoyait une provision de 630 millions d’euros pour les opérations extérieures. Une somme qui s’est avérée en réalité bien insuffisante pour financer la seule opération Serval au Mali dont le coût s’est élevée à … 647 millions d’euros. Plus grave, faute de prévisions, l’opération -  improvisée en milieu d’année budgétaire en Centrafrique -  aura nécessité un chèque de 1 257 millions d’euros qu’il avait fallu signer en catastrophe. Au total, une sous-budgétisation de près de 100% ! 

 

En dépit de cela, la Cour des Comptes convient douloureusement que  l’Armée française n’est pas sortie de l’auberge, car note-t-on sur son rapport, les dépenses pour les opérations extérieures ne présentent aucune ambition à régresser : « L’opération Serval au Mali ne s’est pas terminée en 2013 et 2 500 hommes restent déployés en janvier 2014, la présence française ne devant pas disparaître à brève échéance. Surtout, le déclenchement de l’opération Sangaris (RCA) début décembre 2013 devrait renchérir les dépenses d’opex en 2014. Cette opération ayant été lancée avant le vote de la loi de finances pour 2014, elle aurait pu faire l’objet d’une budgétisation » 

 

Plus grave, il est constaté aujourd’hui que, malgré le panache de l’Armée française et sa perpétuelle obstination à multiplier les croisades justicières,  son engagement sur des opérations militaires à l'étranger est, indéniablement antithétique avec la future loi de programmation militaire 2014-2019  « construite sur l’hypothèse d’un désengagement des théâtres extérieurs ». 

 

Cette absence de réalisme préoccupe la Cour des comptes relativement  « sur le potentiel des armées et le caractère non soutenable de ce fait, de niveaux d’opex qui seraient sensiblement supérieurs à la prévision, sur 2014 et sur les années suivantes ».

 En clair, et la Cour des Comptes le dit sans détours :  l’armée française n’a tout simplement plus les moyens des ambitions militaires que les politiques lui prêtent. Si Hollande veut continuer à envoyer ses troupes partout, il va lui falloir réfléchir à deux fois. Ce qui explique certainement la sourde bataille qui se joue en ce moment au sommet du pouvoir entre le Premier ministre Valls et le ministre de la Défense Le Drian. Et  Hollande devra trancher. 

 

Ainsi, à en croire le journal  Marianne,  dans une  lettre  qu’il a tout récemment envoyée à Manuel Valls, Jean-Yves Le Drian relevait  l’ « exercice extrêmement tendu » de la loi de programmation militaire pour la période 2014-2019 : les « efforts seront difficiles à réaliser, dans un contexte social proche de l'exaspération ». Le ministre de la Défense évaluait à 355 millions d'euros les efforts à réaliser cette année. Or, « la Défense ne peut absorber une perte de crédits en 2014, ni sur sa masse salariale, ni sur ces crédits de fonctionnement », écrit le Ministre, qui évoque « un seuil de l'acceptabilité sociale » et des contraintes en termes de renouvellement et de modernisation des équipements : « Retirer une brique du mur et c’est toute l’ensemble qui s’effondrerait », a prévenu le Ministre.

 

On le voit donc, Malgré son obsession à s’engager obstinément  sur tous les fronts militaires, l’Armée française est à la bourre, elle n’a, en réalité,  pas les moyens de continuer à jouer les « Rambo » en Afrique et sur les terrains incandescents. Pourtant, face à l’échec pathétique de leur  projet de société en politique intérieure,  les socialistes se sont engagés, bille en tête, sur le même sentier miné que les dirigeants américains depuis 50 ans : faire du bruit sur la scène étrangère, jouer les justiciers et les protecteurs de la liberté et de la démocratie, quoi que cela puisse coûter financièrement, ou même en vies humaines.

Faire la guerre a un prix, et à l’heure qu’il est la Cour des Comptes de la Française est en train de prescrire le holà à François Hollande qui ne veut peut être pas comprendre que sans argent et sans moyens, son armée ne sera jamais qu’un tigre en papier.

 

Par D.D | Ndjamena-matin

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Source infographie : Afp


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Distribution de prospectus Paris 22/07/2014 13:48

Merci pour le travail que vous faites sur ce blog qui contient pas mal de bons articles.

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