Le site Ndouné

Le site Ndouné

Toute l’actualité en temps réel | Analyses et infos sur l'actualité : Tchad - Afrique - International


Le Lac Tchad depuis 15 000 ans

Publié par Ndouné sur 28 Novembre 2012, 15:21pm

Catégories : #Environnement

Paix-Solidarité                                                       

Assoc. LES JARDINS DU TCHAD

13, rue W. Churchill 45100 ORLEANS

Tél – fx : ( 33 ) 2.38.63.27.47

jlschneid@voila.fr

BP 5644 N’DJAMENA  Tchad

Tél: ( 235 )6. 622.77.80

 

lac_tchad_menace_disparition.jpgLE LAC TCHAD DEPUIS 15000 ANS

 Selon une rumeur amplifiée par des médias et officialisée à la Conférence de Copenhague     ( Décembre 2009 ), le lac Tchad serait en train de s’assécher.

Vu l’absence d’argumentation scientifique sur cette affirmation, il semble utile de rappeler les principaux évènements climatiques ayant marqué l’histoire de ce lac durant l’Holocène.

 

PHASES DU MEGATCHAD

 

A plusieurs reprises à l’issue de la période glaciaire würmienne, le bassin tchadien a vu ,lors du réchauffement atmosphérique, principalement lors de l’Holocène moyen (cf Fig.1) la mise en place  d’un lac immense ( plus de 300 000 km2, cf fig.2 ) s’élevant et se stabilisant  à  l’altitude + 325m qui correspond au seuil de déversement des eaux vers l’Atlantique par la Bénoué ; la hauteur d’eau atteignait alors 160m dans la partie la plus basse des Pays Bas.

 

2.3. Optimum Grand Bolling-Natoufien= 12700-12150 BC ( Pleistocène terminal )

La transgression se situe dans l’environnement hyperaride résultant du Pessimum 2.2  (Oldest Dryas – Kébarien géométrique).

L’amélioration climatique donne lieu au début de la sédentarisation des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs paléolithiques.

L’heureuse période fournit au Proche-Orient la première œuvre érotique.

L’assèchement des eaux lacustres se produit lors de la phase aride suivante : Pessimum 2.4 ( Older Dryas : 12150-11750 BC ).

 

 

4.3. Optimum bubalin = 6700-5750 BC ( Holocène moyen )

Largement alimenté par les pluies sur la partie méridionale du bassin, le lac atteint de nouveau son niveau maximal.

L’amélioration climatique sur le Sahara permet aux artistes de reproduire sous la forme de gravures sur les surfaces rocheuses les animaux sauvages de la zone tropicale : éléphants, girafes, hippopotames, rhinocéros,…

Les temps heureux de la période se reflètent par nombre de gravures érotiques.

La période artistique est dite « bubaline », par référence au bubale, grand bufle aujourd’hui disparu.

Les deux dates données par G.Bailloud ( 1966-69) pour des dépots néolithiques dans l’Ennedi semblent correspondre à la phase récente  cette période.

L’assèchement du MégaTchad se produit lors de la terrible phase aride qui suit :

 4.4, Grand Pessimum Néolithique ( 5750-4650 BC ), retrouvé  sous des conditions extrêmes en plusieurs sites de la planète :

En Europe avec les cannibales de  Herxheim (Rhénanie-Palatinat,Allemagne )

et ceux  de Fontbregoua ( Provence,France ).

On impute également à cette grave péjoration climatique  la disparition de la population du lac Baïkal ( Sud de la Sibérie)

Au Sahara, l’évènement fait la coupure entre le Néolithique ancien et le Néolithique moyen..

 

4.7.Optimum bovidien = 4650-4350 BC ( Holocène moyen )

La période est connue par les peintures rupestres de bovidés, représentés souvent en grands troupeaux, d’où l’appellation de période « bovidienne » A laquelle pourrait être attribué le «  Paradis terrestre » biblique.

La période est également heureuse en Europe : la civilisation de Varna (Bulgarie ), célèbre par son trésor( premier collier en or du monde) , date de 4600-4200 BC.

 A la fin de la période, connaissant un déficit d’alimentation, le MégaTchad régresse en plusieurs étapes selon l’intensité de leur aridité , à commencer avec le Pessimum badarien  4.8 : 4350-4150 BC

 

2 .PSEUDOMEGATCHAD

 

5 .6. Optimum du Déluge = 1800-1700 BC ( Holocène supérieur )

Les apports d’eau sont insuffisants pour permettre au niveau lacustre  d’atteindre l’altitude maximale de MégaTchad. Le nouveau lac aurait eu un niveau stabilisé vers  + 305m ( cf J.-LSchneider, 2011.b ) .; sa superficie était  donc moindre. La figure 2 montre en particulier que le Harr est resté émergé.Le lac est vidangé par évaporation lors du pessimum suivant ( 5.7 : Hyksos ( 1700-1550 BC).

 

LA2 - LAC DU SAHEL                                                                                                                  

Le lac correspond à la légère dépression topographique située à l’aval de la plaine du Chari Baguirmi et à l’extrêmité sud-ouest de l’erg ancien du Kanem. Cette situation est  vraisemblablement d’origine tectonique.

 Les fluctuations  du niveau  de ce lac dépendent essentiellement des apports du Chari

Ce niveau , estimé en moyenne pluriannuelleà+ 282m, peut s’élever à + 286m en cas d’optimum climatique marqué ; cette altitude semble corresondre à la cote de déversement des eaux lacustres dans le Bahr el Ghazal en direction du Dourab, zone désertique  basse située à plus de 500 km au Nord-Est du lac ou au contraire s’abaisser jusqu’à l’assèchement total  vers + 277m., alors que l’altitude minimale des Pays Bas avoisine + 165m.

La figure 3  montre pour les derniers millénaires les variations climatiques selon les teneurs terrestres et marines en carbone 14.( M.Stuiver et al,1998). On constate la correspondance des fluctuations  du niveaulacustre  avec ces variations.

Il est à noter que les transgressions les plus fortes peuvent donner lieu à des déversements dans le Bahr.

Le phénomène s’est produit à plusieurs reprises lors des deux derniers millénaires :: lors

de   l’optimum romain 6.1 ( 130 BC-50 AD )

de   l’optimum justinien 6.5( 450-600 AD )

de   l’optimum capétien 6.13 ( 1110-1280 AD )

de   l’optimum du XIVème siècle 6.15 ( 1360-1415 AD )

de   l’optimum de la Renaissance  6.19 ( 1600-1645 AD )

de   l’optimum ligérien 6.23 ( 1834-1873 ) ; en 1853-54, les villes de Nguigmi, au Niger, et de Ngormou, au Nigeria, durent être évacuées  en raison des risques de submersion  par la montée des eaux

de   l’optimum sahélien 6.25 ( 1935-1970 ) : les eaux se déversèrent dans le Bahr dans les années 1954-1958 AD.

Ent Entre ces périodes heureuses, le lac fut affecté  par des régressions dues au déficit des apports fluviaux par rapport aux reprises par évaporation.

 

L    Le pire ( assèchement ou quasi-assèchement )a été atteint par deux fois lors du dernier millénaire :

d’u D'une part vers 1420-1430 AD, lors du pessimum Sporer 1 ( 6.16 : 1415-1470 AD) , période particulièrement funeste en Europe  par sa péjoration climatique, ses disettes et ses épidémies.On peut penser que le coup de sécheresse a marqué le démarrage des phénomènes d’exfiltration  de l’eau de la nappe phréatique située au Chari Baguirmi dans des dépots fluviolacustres pleistocènes : la baisse du plan d’eau à Massaguet  a été de 41 m en quelque cinq siècles et demi et de 1.20m en vingt cinq ans : 1964-1989 ( cf J.-L. Schneider, 2001.a )

d’a d'autre part au début du XXème siècle AD, lors de la fin du pessimum Gleissberg ( 6.24 :1873-1935 AD ) ; les informations sur le lac Tchad sont disponibles grâce à la mission J.Tilho, 1906-1909.

Co Concernant la période récente, on sait que le pessimum sahélien ( 6.26 : 1970-2000 AD a failli voir l’assèchement du lac, mais les apports du Chari ont toujours été suffisants pour éviter cette situation.

Il y a lieu de noter qu’aucun assèchement du lac Tchad n’a été enregistré durant les périodes d’optimum climatique.

La crue 2012 du Chari semble être excédentaire. Elle se place dans la logique de l’optimum actuel  tel qu’il apparaît dans l’évolution moyenne de la pluie au Tchad depuis 1998 AD. et tel que cela avait été présenté il y a une décennie ( fig.4,cf  J.-L. Schneider, 2001.b )

De plus, on peut s’interroger sur la pluie excédentaire  de 2012  au Tchad, en rapport possible avec  la Nina 2011, dont le  Southern Oscillation Index s’élève à  + 13.10 

 Mais il faut savoir que l’embellie ne sera  que temporaire :

Les deux principaux cycles solaires qui ont déterminé l’évolution climatique des derniers siècles ( Gleissberg= 88 ans et Suess= 203 ans, P.Damon et al, 1994 ) indiquent un refroidissement , donc le retour de conditions plus froides donc plus sèches à partir de 2040 AD environ ( cf fig.4  ), péjoration qui devrait se traduire par des  heures très  sombres  à la fin de ce XXIème siècle.

L’histoire de l’activité solaire montre que l’Holocène ( cf fig.1 ) a été affecté  par divers refroidissements dont certains ont été particulièrement marqués  et dramatiques pour l’environnement et les civilisations.

Le retour de ces évènements peut être périodique.

C’est le cas des «  Petits Ages Glaciaires «  selon un cycle ( Hallstatt ),de 2400 ans environ

 

4 .PETITS AGES GLACIAIRES

Les  évènements reconnus dans les derniers millénaires sont les suivants :

Le  Le pessimum du Grand Pessimum Néolithique 4.4 ( 5750-4950 BC ), qui intègre vraisemblablement l’évènement glaciaire

Le  Le pessimum semainien ( 4.10 (3600-3200 BC)

Le  Le pessimum Hallstatt ( 5.12 :(850-650 BC)

Le  Le pessimum Maunder ( 6.20 (  1645-1725 AD ) , séquence du Petit Age Glaciaire 1415-1834.

On On peut penser que le prochain évènement glaciaire devrait intervenir  dans quelque deux mille ans, vers 4100 AD, mais il est possible que de nouvelles études  sur  l’activité solaire fasse découvrir de nouveaux cycles  et le retour  possible de nouveaux Déluges.

O  On note que les  évènements dramatiques indiqués ci-dessus  ont été suivis par des séquences climatologiquement favorables qui ont donné lieu à des renaissances , avec respectivement :

L’oL'optimum bovidien( 4.5 :(4950-4350 BC ), période heureuse  en particulier pour le cheptel bovin du Sahara et ses  représentations rupestres,notamment érotiques,  qui a pu marquer l’imaginaire des populations en en faisant l’ époque du  «  Paradis terrestre « 

L’oL'optimum thinite ( 4.11 (3200-2900 BC ) qui a vu , avec le développement de l’écriture,  la » seconde révolution néolithique ».

L’oL'Optimum héllénique ( 5.13 ( 650-400 BC qui a pu permettre le miracle grec

L’oL'Optimum des Lumières ( 6.21 ( 1725-1792 AD ) qui a ouvert les esprits et

orienté  de façon positive la pensée  du mondeoccidental et même du monde planétaire..

 

5. CONCLUSIONS

On a vécu dans les années 1970-1980 les drames occasionnés  au Sahel par les déficits de pluie en particulier en 1973 et 1984.

 La possibilité de retour des heures sombres du début du XXème siècle avait été négligée., surtout après l’optimum sahélien.

Il a fallu l’évidence des cycles solaires ( P.Damon et al, 1994 ) pour montrer les alternances climatiques et de nouveaux risques de disettes ( J.-L.Schneider, 2001.b)

Concernant le lac Tchad, il apparaissait que les fluctuations de son niveau correspondaient aux variations climatiques et que les allégations sur son prochain assèchement  n’étaient pas probables vu l’optimum climatique  actuel ; au contraire, il est possible  ( cf fig.4) qu’avant 2040 AD, le lac du Sahel fasse le plein et déverse son excédent dans le Bahr el Ghazal.

On dit que , en particulierau point de vue halieutique,il serait souhaitable que le lac retrouve un niveau moyen proche de celui des années 60 ( + 282m, stade « moyen »  de J.-L. Schneider, 2001.a ), mais plus le lac est étendu, plus les reprises par évaporation sont évidemment  importantes : au niveau indiqué, elles dépassent 40 Milliards de m3 par an, perdus pour le développement

Il n’en reste pas moins vrai que les risques de désastre alimentaire  à la fin de ce XXIème siècle.sont réels  vu la probabilité de baisse de la température atmosphérique après 2040 AD.( fig. 4 )

Le Tchad aura besoin de toutes ses eaux, en particulier pour ses cultures vivrières irriguées dont le développement n’a pas été évident durant la dernière décennie

alors que des possibilités deressources en eau souterraine  existent dans le Sud du pays ( J.-L. Schneider, 1911.a ), et même sur les piedmonts de zone aride ( J.-L.Schneider, 2011.c )

                                                                                                 

 

                                                                                                                                                                  N.B.

L’assèchement du lac Tchad est souvent présenté comme la pire calamité pouvant marquer le pays, alors que même en cas de vidange totale, les formations sableuses locales continuent à recéler une nappe phréatique subaffleurantequi est mise en valeur par les cultivateurs pour assurer des cultures vivrières dans les limons du  fond des oudian. asséchés

Il y a lieu par ailleurs d’imaginer des situations inverses où des Mégacrues du Chari liées à des superNinas, risqueraient de détruire la capitale ( un tel évènement semble avoir marqué le Nil sous le règne de Neferousobek, dernier pharaon de la XIIème dynastie égyptienne qui a vu le début du Déluge, cf J.-L. Schneider, 2011.b ).

Pour éviter des risques de dégats considérables, on a déjà proposé le projet de déversement des très fortes crues  dans le  Batha de Lairi , ce  qui permettraitd’améliorer  la recharge de la nappe phréatique du piedmont occidental du Guéra et  d’en permettre le développement agricole .

 

 Pour voir les documents joints, cliquer sur Doc1, Doc2, Doc3, Doc4 et Doc5

 

 

 

Références

CAUVIN J. ( 1998 )

Naissance des divinités. NJaissance de l’agriculture. Révolution des symboles au Néolithique. Flammarion, Paris, 310 p., 1998.                                                                                                                                                                                      

DAMON P.E. and JIRIKOWIC JU.L. ( 1994 )

Solar Forcing of Global Change ? The Sun as a veritable star. J.M.Pap, C. Frölich, H.S.Hudson and S.K.Solanki Eds Cambridge University Press, 301-314

GUILAINE J. ( 2005 )

La mer partagée. La Méditerranée avant l’écriture. 7000-2000 avant Jésus-Christ. Hachette, Paris,910p.,2005.

MALEY J. ( 1981 )

Etudes palynologiques dans le basin du Tchad et paléoclimatologie de l’Afrique nord-tropicale de 30000 ans à l’époque actuelle.

Thèse sc., Université de Montpellier .Travaux et documents ORSTOM n°129, 586p.

SCHNEIDER J.-L. ( 1994 )

Le Tchad depuis 25000 ans. Géologie.Archéologie.Hydrogéologie, 134p. Masson, Paris, ISBN : 2-225-84335-x

SCHNEIDER J.-L. ( 2001.a )

Géologie.Archéologie.Hydrogéologie de la République du Tchad. Mém.1150 p. en deux volumes.

Carte de valorisation des eaux souterraines de la République du Tchad, 1 / 1500000, 2001  

Min de l’eau et de l’environnement , N’Djamena,

SCHNEIDER J.-L. ( 2001.b )

Demain, de nouvelles famines au Sahel. Note L.J.D.T. ,Orléans, 4p,3 fig.Août 2001.

SCHNEIDER J.-L. ( 2011.a )

                    Contre la faim au Tchad : l’exploitation des nappes profondes du Sud du pays : Note L.J.D.T.,Orléans 5p. 2 fig.                               Mars 2011

                    SCHNEIDER J.-L. (2011.b )

                    Le Déluge biblique date de 1840-1690 ans avt J.-C.

                    Note L.J.D.T. Orléans, 7 p., 3 fig. Juin 2011.

                    SCHNEIDER J.-L. ( 2011 c )

                    Rappel de données de base sur les ressources en eau souterraine des zones de piedmont au Sahel.             

                    Note L.J.D.T.Orléans, 4p. 1 fig.Août 2011

                    SCHNEIDER J.-L. ( à paraître )

                    Climat et Histoire ;heureux réchauffements climatiques. A paraître.

                    SERVANT M. ( 1973-1983 )

                    Séquences continentales et variations climatiques : évolution du Bassin du Tchad au Cénozoïque supérieur. Thèse . Université Paris VI,1973. Travaux et documents ORSTOM n° 159, 573 p. 1983

                   SOLANKI S.K. ? USOSKIN I.G., KROMER B., SCHUSSLER M. and BEER J. ( 2005 )

                   11000 year Sunspot Number Reconstruction. NOAA / NCDC Paleoclimatology Program.Boulder co.

                   STUIVER S.K., REIMER P.J. and BRAZIUNAS T.F. ( 1998 )

                   High-Precision Radiocarbon Age Calibration for Terrestrial and Marine samples. Radiocarbon 40,     

                   1127-1151, 1998.

                 VIGNE J.-D.

                   Diverses publications en archéozoologie, 2004-2006

 

 

Jean-Louis Schneider

Octobre 2012

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents