Le site Ndouné

Le site Ndouné

Toute l’actualité en temps réel | Analyses et infos sur l'actualité : Tchad - Afrique - International


Les présidents ont perdu le sommeil...

Publié par Ndouné sur 4 Février 2011, 06:47am

Catégories : #Lu pour vous

chad libya 10marchA chaque fois que j’ouvre mon transistor ou j’allume la télé, les premières informations m’arrachent un rire narquois. Suis-je devenu fou ? Je ne le pense pas. Encore moins paranoïaque. En effet, mon directeur de publication, Innocent Ebodé, l’a si bien dit, il y a un début de quelques choses en Afrique. La succession des évènements et la vitesse de leur organisation attisent mon délire. Car, je me dis qu’enfin, la providence a décidé de sévir, contre les oppresseurs. Même à contre-goutte. Après le feuilleton ivoirien qui est loin d’être terminé, la tempête de la révolution jasmin en Tunisie a précipité, comme un paria, l’ex-président, Ben Ali, dans la corbeille, la mauvaise de l’histoire. Il paraît qu’Interpol est à ses trousses.


Quoi de plus humiliant pour un homme ayant passé 23 ans au pouvoir ? Sur le point de son dénouement, cette première a contaminé le voisin égyptien, et la rue n’en finit pas de se faire entendre, malgré les interventions plus que musclées des forces de l’ordre. Moubarak, qui a osé croire que ses 30 ans de dictature auraient réussi à amadouer voire annihiler l’instinct revendicateur de ses administrés, doit crier à la trahison. Le fils, Gamal, qui s’apprêterait à prendre la relève, doit savoir raison garder.


Malgré la nomination d’un vice-président, poste vacant depuis sa prise de pouvoir, d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement supposé entreprendre des reformes qui remettraient le pays sur les rails de la démocratie, la rue n’est pas satisfaite. Dans les prochains jours, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a une probabilité d’avoir un autre Ben Ali. Non loin de l’Egypte, les Soudanais, ceux du Nord, qui n’ont pas digéré le choix de l’indépendance préférée par leurs « frères » du Sud, ont aussi commencé à s’agiter. Ils réclament le départ d’El-Béchir qu’ils accusent d’être la racine du mal. Coup de théâtre, le Gabon fait aussi parler de lui. Ali Bongo, fils de président devenu président, du haut de ses 50 ans, serait mal élu ou pas élu.


En tout cas, c’est ce que pense André Mba Obame, qui, s’appuyant sur des déclarations d’un officiel français selon lesquelles ses résultats et ceux d’Ali auraient été inversés, a décidé de réclamer sa victoire, en s’autoproclamant président de la République, plus d’une année après le scrutin. Le Gabon se retrouve ainsi avec deux présidents, deux premiers ministres, deux gouvernements. Vous croyez rêver n’est-ce-pas ? Hélas non ! La Côte d’Ivoire a incontestablement commencé par faire des émules. Pendant ce temps, les diplomates africains se concertaient à Addis-Abeba sur la conduite à tenir face à Laurent Koudou Gbagbo, qui, malgré la pression internationale, croit être le messie envoyé par Dieu pour délivrer l’Afrique du néocolonialisme. De l’autre côté de la rive, le président yéménite a dû recevoir une douche froide suite à un soulèvement de ses sujets.


Décidément, qu’est-ce qui arrive à l’Afrique ? Que deviendra-t-elle à la fin de cette année ? Il y a de quoi, avec tout ce qui se passe, que les dirigeants ne dorment plus que d’un seul œil, s’ils n’ont pas carrément perdu le sommeil. Partant, il y a même un risque de radicalisation chez certains qui aimeraient verrouiller le système pour se prémunir de certains soulèvements et demeurer le seul maître à bord, quitte à mourir au pouvoir. Ne dit-on pas que quand la barbe de ton voisin brûle, tu dois mouiller la tienne ? Cependant, l’Ecclésiaste s’est exprimé, en son temps, en affirmant qu’il y a un temps pour toute chose sous les cieux. Un temps pour planter et un temps pour arracher. Je dirai même plus, un temps pour partir. Depuis leur création, la quasi-totalité des pays africains ont à leur tête des dictateurs sanguinaires qui ne lésinent sur aucun moyen pour sauvegarder leur pouvoir. Ils sont devenus des véritables virus qui bloquent le bon fonctionnement des institutions à la tête desquelles ils placent des fidèles parmi les fidèles.


Malheureusement que le système tunisien, qui semblait inébranlable, a démontré que les courtisans ou partisans griots qui font la pluie et le beau temps des hommes du pouvoir, évoluent selon la direction de la girouette. Là où va le pouvoir, c’est là qu’ils s’en vont brouter. C’est ce qui explique la vague de démissions des anciens ministres membres du RCD, le Rassemblement constitutionnel démocratique, ancien parti au pouvoir, qui, sans éprouver aucune honte, ont voulu se transformer en « termites qui de l’intérieur du tronc, ont rongé et fait tomber le baobab ». Que nenni ! La rue a souhaité que la thérapie soit plus profonde : plus de pue dans la plaie. Exit donc les versatiles véreux !


Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au point où les choses évoluent, plus rien n’empêchera l’émergence d’une nouvelle ère et d’une nouvelle classe politique en Afrique. La solidarité du syndicat des chefs d’Etat africains n’y fera rien. Le magazine panafricain Continental, dans sa livraison 085 d’octobre 2009, écrivait, par la plume de Damien Glez, que « Jeanne d’Arc entendait des voix. Les dirigeants africains entendent le peuple, même quand il ne dit rien ». Or, ce même peuple est devenu le véritable antivirus à opposer aux président-imposteurs. L’argument du peuple ne tient plus. L’Afrique, le peuple africain, est sur le point de reprendre en main son destin.  
Vive la révolution !

Serge Abou Ouambi

Source : La Voix du Tchad

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents