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Intervention franco-tchadienne au Mali : La nouvelle bourrasque du président tchadien Deby après l’affaire Abou Zeid

Publié par Ndouné sur 2 Mai 2013, 20:24pm

Catégories : #Enquête

Alors que les dividendes de son intervention militaire au Mali tardent à être clairement visibles, Idriss Deby a demandé que son action soit récompensée par l’octroi du poste de commandement de la force des Nations Unies pour le Mali dont la création vient d’être décidée par l’adoption d’une résolution par le Conseil de Sécurité. Cette demande a été dévoilée par les médias français qui l’ont présentée comme une exigence d’Idriss Deby. En cas de non satisfaction, il menacerait  de retirer le contingent tchadien du Nord Mali.

soldats-tchadiens--ici-le-5-janvier-dernier--ont-rejoint-l-.jpgLe Ministre français de la défense a donné la position française, de manière diplomatique, nuancée et prudente. En effet, il a estimé que, tenant compte de la participation tchadienne, mais aussi  de la volonté du Tchad de continuer le job, il était logique qu’il assume des responsabilités. Sans préciser à quel niveau de responsabilités ! Le Ministre s’est empressé d’ajouter que, certes, la France soutient le Tchad, mais c’est le Secrétaire Général des NU qui décide, a-t-il tenu à souligner.

Rappelons que, dès le début du conflit, Deby avait exigé de diriger la MISMA, en avançant l’argument de sa participation record. Mais cela n’a pas marché. C’est pratiquement à la fin de la guerre, après les pertes en vies humaines que le Tchad a été intégré au sein de la MISMA et un poste lui a été confié dans l’Etat Major.

Aux termes de cette phase 1 du conflit au Nord Mali, un immense doute sur le bien fondé de l’engagement des troupes tchadiennes dans cette guerre, habite l’opinion publique tchadienne. Les circonstances dévoilées à savoir le financement de l’intervention de l’armée tchadienne par le Trésor public tchadien à hauteur de 57 milliards de francs CFA (87 millions d’euros) sont un scandale sans nom. Le Tchad est bel et bien un pays de cocagne et Deby est un pauvre type qui n’a aucun sens de l’intérêt national.  Sur ce point, il est intéressant de relever que, pour le déploiement de l’Opération Serval, l’armée française a rencontré des difficultés dans le transport rapide des engins lourds comme les chars et les hélicos. Elle a bénéficié du concours de l’armée américaine. Mais l’Etat-major français a été étonné et choqué de recevoir après quelques jours, une facture des Américains chiffrant les services de transport à 50.000 euros l’heure de vol. Les français répondent qu’ils pensaient qu’il s’agissait d’une contribution à la lutte contre le Terrorisme, mais de l’autre côté de l’Atlantique, on fait la sourde oreille. Résultat, la tension monte, Hollande décroche son téléphone et appelle Obama, vifs échanges, et Hollande  refuse de payer cette note et exige même une autre contribution américaine. Obama cède finalement sur tous les points. 75% des transports fret en direction du Mali, ont été pris en charge par les USA et le Royaume-Uni. Ainsi qu’un appui précieux en termes de renseignements par les drones. Cet exemple est important, en ce qu’il éclaire, comment des dirigeants responsables ne dépensent pas n’importe comment l’argent du pays.

Chaque tchadien a pu constater que les dirigeants de la CEDEAO ont refusé de donner un franc à l’armée tchadienne. Même pour leur liberté, ils ont refusé de payer ! Comment comprendre alors la folie de Deby d’engager plus de 2.4OO hommes, de leur faire courir des dommages irréparables. En faveur de gens qui ne voulaient pas sortir un sou ! Et l’humiliation a été poussée très loin, quand Deby s ‘est déplacé au Sommet d’Abidjan : Ouattara lui a dit niet, pas question de vous donner de l’argent. Attendez l’aide de la communauté internationale ! Dans cette affaire, les Tchadiens menés par Deby se sont faits roulés proprement dans le sable du Nord Mali. Ignorés médiatiquement, et même, quelque part, intelligemment sabordés, ils ont perdu des hommes là où aucun autre pays africain n’a estimé utile de sacrifier ses fils. En outre, ils ont été aussi arnaqués financièrement puisque comme des kichas, Deby a dépouillé le Trésor public tchadien pour rendre service à la CEDEAO… et à la France. Quel bilan et quel image a-t-on aujourd’hui des Tchadiens en Afrique de l’Ouest ?

Entendons-nous bien, il y a des gens qui remercient les Tchadiens, tout comme les Français, parce que momentanément, une épine leur a été ôtée du pied. Et puis, en remerciant les Français et les Tchadiens, ils mettent le voile sur leurs propres  faiblesses. Il n’empêche qu’on n’a entendu personne, dénoncer le refus de la CEDEAO de participer financièrement à l’intervention tchadienne. En haut lieu, au niveau de l’élite  dirigeante des pays membres de la CEDEAO, on en a que faire d’un Deby que les gens méprisent. Ces dirigeants de l’espace CEDEAO se distinguent d’un Idriss Deby par leur maturité politique, le sens aigu de leurs intérêts mais aussi leur détermination et leur habilité à ne pas dépenser un centime de franc pour répondre à une sollicitation étrangère. On participe aux forces de l’ONU dans les quatre coins du globe, mais dès le départ, tout est négocié, tout est pris en charge, et à la fin des missions, des retombées sont attendues en termes de visibilité médiatique, en termes de formation, d’équipements, tenues, armes, munitions, matériels roulants, etc...

Comment peut-on expliquer la cécité politique de Deby ? Comment pouvez-vous trouver des justifications à un type qui fait dépenser à son pays 57 milliards pour soi-disant répondre à un appel de la CEDEAO laquelle a de l’argent mais refuse de donner un franc. Et malgré cela, ce type décide de foncer et d’augmenter les dépenses et les dommages ; car, là où les gens les plus concernés envoient 500, lui expédient 2.400 soldats  et utilisent toute son armada là où d’autres utilisent l’équipement fourni par les NU. Et, il est triste pour le Tchad, qu’il faille encore demander à avoir des responsabilités pour espérer en avoir. En fait, il était évident que d’eux-mêmes, les gens n’étaient pas prêts à donner au Tchad une place quelconque.

Cet état de fait symbolise les limites politiques et diplomatiques de l’intervention militaire tchadienne au Mali. Elle nous renseigne surtout, sur la parfaite connaissance de la face hideuse du régime tchadien par l’opinion internationale et des réticences évidentes pour lui accorder respect et considération après cette intervention au Nord Mali. Une intervention qui a été un succès grâce avant tout à l’engagement français. Il est important de le souligner. Peut -être que, par stratégie politique et compte tenu du fait qu’elle demeure, quand même, une intervention armée dans un pays étranger, l’armée française, dans sa communication, n’ a pas  trop mis l’accent sur son succès militaire et diplomatique dans cette phase 1.

L’Opération Serval est, d’abord une victoire diplomatique de la France, car, elle a été lancée avec le consensus international. Même s’il y a eu, en sourdine, une petite discussion sur sa base légale (Le président Diacounda était un président par intérim, pouvait-il demander une intervention militaire étrangère ? Et puis, la résolution des NU ne prévoyait pas le déploiement de forces, autres qu’africaines.) Grace à une intense diplomatie souterraine, la France a su empêcher le débat de surgir et finalement, aucune remise en cause de la base légale de son intervention au Mali, n’a eu lieu. La crise malienne a fait l’objet de 4 résolutions adoptées par le Conseil de sécurité des NU ; les résolutions 2056, 2071, 2085 et une quatrième adoptée ces jours ci.

Les objectifs annoncés de la guerre au Mali ont tous été atteints ; la stoppée des groupes djihadistes, la sécurisation du territoire malien, ce qui fait de l’opération Serval, une remarquable réussite militaire, même si l’un des objectifs, certes non déclaré, à savoir la libération des otages, reste à réaliser. Bien préparée de longue date, minutieusement, l’armée française a accompli une véritable prouesse militaire en démontrant sa capacité de réaction et de projection, en prenant appui sur tout son dispositif militaire africain en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Burkina et au Sénégal. On pourrait, d’ores et déjà, dire que l’une des premières leçons de Serval, a été de faire prendre conscience aux experts français qui souhaitaient fermer les bases militaires françaises pour ne laisser que celle du Gabon, que cela aurait été une immense erreur !

Les militaires français en s’engageant dans des combats dans une zone désertique avec un climat chaud et des températures de 45° à l’ombre, ont démontré leur capacité d’adaptation aux conditions extrêmes mais aussi leur solide expérience de la guerre au sol.

L’opération Serval, c’est aussi un défi logistique et un déploiement dans l’urgence, même si l’opération était préparée de longue date, il a fallu se projeter dans l’urgence. Il faut avoir vécu des situations de guerre pour réaliser l’extraordinaire capacité de planification, d’organisation du déploiement et de la conduite des opérations, le tout soutenu par un exceptionnel soutien logistique et par des renseignements. Un Etat-major à Bamako, 3 groupements interarmes, une batterie d’hélicos, des chars, des forces spéciales, etc….

Pour notre part, nous n’avons jamais douté des capacités de l’armée française, voilà ce que nous écrivions dans un article commentant le livre de la  journaliste de RFI, Sonia Rolley, au sujet du bénéfice tiré par l’armée française d’avoir des bases en Afrique, nous écrivions ceci en  «  L’industrie de l’armement, en France, a pleinement bénéficié de l’absence totale de contraintes (relevant de la sécurité, de la santé des populations et de l’environnement en Afrique) pour tester les nouvelles armes, et  pour maintenir en état opérationnel un équipement militaire, avions, chars, qui a coûté une fortune aux contribuables français. Faire décoller des mirages et des jaguars devient chaque jour plus compliqué dans notre pays, nuisances, exigences de sécurité des populations, respect des règles de l’environnement. Un avion comme le Jaguar est un avion de combat qui parfois a besoin de voler à basse altitude, chose absolument impensable en France. Soulignons l’opportunité unique offerte aux militaires français de s’entrainer à balles réelles dans ces pays où sont implantées les bases militaires. Grâce à des années d’entrainement à moindre frais de tous ses corps d’intervention, la France est le seul pays européen à avoir fait la démonstration de ses capacités et compétences opérationnelles, aujourd’hui, érigées en véritable expertise largement diffusée vers ses partenaires européens. » Fin de de citation.

Aujourd’hui, après la phase 1, on peut avancer sans se tromper que l’armée française a eu des lacunes sur deux points centraux, au terme de cette opération. Tout d’abord, au niveau du transport rapide du matériel de guerre lourd comme les hélicos et les chars. L’arrivée de l’avion A 400M qui va remplacer le Transall pourra être une solution dans la mesure où il peut transporter  30 tonnes de fret là où le Transall en prenait 6 t et rallier chargé, Bamako en 6 heures au lieu des 12h du Transall. Ensuite, la nécessité pour une opération militaire en cours, d’être soutenue par une observation et des renseignements fournis parfois, en temps réel, par les drones. Consciente de cet indispensable apport, la France s’est équipée en drones, mais en nombre insuffisant.

Ces précisions sont importantes pour que les propagandistes du régime Deby, réalisent que cette opération de reconquête du Nord Mali est, avant, tout l’œuvre de l’armée française, de ses stratèges qui ne se sont pas enlisés, mais aussi, qui ont démontré l’efficacité de l’emploi combiné des bombardements aériens par les mirages, jaguars, mais aussi par des hélicos accompagnant les forces au sol.

C’est tout cela qui a permis à une opération lancée le 11 janvier 2013, de pratiquement s’achever vers la mi-avril. Comme chacun peut le constater, nous sommes bien loin du fameux « Au Mali, la France recula et le Tchad avança » lancé par Hinda Deby ITNO à la tribune d’un rassemblement à la place de la Nation à Ndjamena.

Aujourd’hui, après la sécurisation du Nord Mali, une autre phase est lancée par l’installation de la mission européenne  EUTM-MALI ; son rôle sera de former et de réorganiser l’armée malienne. La France a demandé et obtenu une participation physique de ses partenaires européens. 500 militaires européens (allemands, espagnols, suédois, tchèques, belges, etc…) vont faire partie d’EUTM-MALI et aider à la reconstitution des fondamentaux des forces armées maliennes.

La MISMA sera transformée en MINUSMA et donc l’EUTM va aussi l’appuyer et la soutenir dans sa mission. Les effectifs de l’opération Serval vont diminuer, et le processus a déjà commencé. Dès que la MINUSMA sera effective vers juillet, il y aura donc un transfert d’autorité de la MISMA en sa faveur. Ce qui est fondamental, c’est que la MINUSMA n’aura aucune mission de guerre, des pays comme la Mauritanie qui vont envoyer 1.800 hommes en ont fait une condition pour leur participation. La France a accepté, soucieuse de voir un pays arabe au sein de la coalition. Aussi, une force d’intervention, pour éliminer les éventuelles reconstitutions de groupes djihadistes, sera constituée après un accord spécial entre la France et le gouvernement malien. En fait, ce sera une nouvelle base  militaire permanente au Mali qui viendra s’ajouter à celles déjà existantes dans l’espace du « pré-carré ». Est-ce que ce sera le nouveau président malien élu, après juillet, qui concrétisera cet accord ou bien, Diacounda Traoré l’a t-il déjà fait ? On n’en sait rien pour l’instant.

Quelle est la mission assignée à la MINUSMA ? Comme son nom l’indique, c’est la mission des NU pour la stabilisation du Mali. Les Maliens ont montré beaucoup de réticences, au déploiement de cette force qui était vue comme une force d’interposition et dont la finalité serait de forcer le gouvernement malien à négocier la partition du pays. Après d’importantes négociations, il semble que deux points aient été clarifiés avant acceptation. Il s’agit du déploiement de l’administration malienne à Kidal, du rétablissement de tous les symboles de la souveraineté malienne dans cette région et second point,  il s’agit de l’obligation de désarmer le MNLA. C’est alors que le ministre des affaires étrangères malien a écrit au Secrétaire Général des NU pour demander l’envoi d’une force dans son pays.

Même si par ailleurs, l’opération Serval a été prolongée, la France  souhaite une réduction importante de ses effectifs, ne serait-ce que, du point de vue financier ; un allègement, voire une mutation de son dispositif, serait le bienvenu ainsi que l’apport de fonds onusiens. Après avoir réussi la phase militaire, force est de constater que la phase politique qui démarre est celle qui inquiète le plus, la France et les NU. L’enlisement du processus politique mais aussi l’absence de réconciliation serait une catastrophe pour la communauté internationale. Bien qu’une commission « Dialogue et Réconciliation » a été créée (mais elle peine à démarrer ses activités), les partenaires internationaux semblent, aujourd’hui, pris au piège au Mali. Après avoir, pendant plus d’une décennie, fabriqué une diplomatie internationale autour de la lutte contre l’impunité, élaboré et diffusé des discours clés en main, portés par la société civile, les ONG, voilà que, devant les atrocités commises au Mali, la dimension judiciaire est écartée totalement.  On ne rend plus justice aux victimes, on crée une commission dialogue et réconciliation. Comme chacun aura pu le constater, dimension militaire, diplomatique, politique avec les élections à venir mais il n’est nulle part, fait état d’une dimension judiciaire. Où est la Cour Pénale internationale ? Que devient la lutte contre l’impunité qui sert de prétexte au harcèlement judiciaire depuis 13 ans contre le Président Hissein HABRE ?

Les Maliens refusent de passer l’éponge sur le massacre d’AGUELHOC où plus d’une cinquantaine de militaires maliens ont été égorgés par les djihadistes mais aussi les forces du MNLA. Tout comme ils exigent, le retour de l’autorité de l’Etat malien au Nord, à commencer par Kidal, base de l’armée tchadienne, devenue, aussi, le symbole de la violation de la souveraineté du Mali. Autant de questions qui constituent des points de fixation devant être traités de manière particulière. Autant de questions qui nous interpellent sur Qui décide qu’il faut actionner la Justice et Qui décide qu’il ne faut pas le faire, et prendre une autre voie !!

Dans cette nouvelle phase, certainement la plus périlleuse, car pleine d’incertitudes, Idriss Deby a exigé d’avoir le commandement de la MINUSMA. Ce qu’il faut, peut-être, expliquer à Deby, c’est que le Tchad, dans cette seconde phase, n’aura pas le même  rôle. Le seul nombre n’est pas suffisant, la Mauritanie va envoyer 1.800hommes, le Sénégal, 2.000. La MINUSMA va avoir un rôle de police, de restauration de l’autorité de l’Etat dans les villes ; elle va aussi se déployer en amont et suivre tout le processus électoral ; elle devra travailler en bonne intelligence avec tous les acteurs : armée malienne, EUTM-Mali, forces françaises. Cela veut dire que de nombreuses exigences seront posées pour le recrutement du Général qui va la diriger. Doté de capacités managériales démontrées et d’une grande probité, il doit connaître sa mission  telle que décrite par la Résolution onusienne ; ce qui suppose un niveau d’études assez élevé, maitriser le droit international, l’anglais, avoir une expérience dans une opération de maintien de la paix. Connaître le système des NU et ses exigences, avoir la capacité de servir avant tout les NU et pas son pays en priorité.

Alors, dites-moi, où il est, le Général tchadien pouvant accomplir cette mission ? En 23 ans de règne du général président sultan Deby, qu’est devenu l’armée tchadienne ? Il ne s’agit pas, ici, de parler de sa valeur sur un champ de bataille (dans la défense du pays), mais de l’existence, en son sein, d’Officiers supérieurs formés dans les hautes écoles militaires, ayant acquis une expérience dans un domaine aussi particulier que complexe, et qui auraient pu valablement se positionner pour prendre ce commandement de la MINUSMA. Donc, soldats formés à bonne école, ils seraient, aujourd’hui, devenus des militaires hors pair, braves, et dotés de multiples capacités acquises lors d’études, de stages de recyclage et de spécialisation.

Sous le régime du Président Hissein HABRE, l’Armée tchadienne comptait 4 généraux, tous devenus généraux par une procédure normale. De nombreux Officiers ont été envoyés dans les écoles militaires en France, aux Etats-Unis et ailleurs, entre autres, un certain Idriss Deby. Le Tchad, à l’époque, n’avait pas de ressources pétrolières, ce sont sur ses maigres ressources que l’effort de formation était réalisé. Mais penchons-nous pour voir ce qu’est devenue l’armée tchadienne sous le règne de Deby assis sur les milliards des revenus pétroliers. L’armée Tchadienne présente une structure en forme de pyramide inversée. 400 Généraux, 256 Colonels. A l’époque où il était ministre de la défense, Feu le Général Kamougué avait  déclaré qu’il ignorait le nombre exact des éléments de l’ANT (Armée Nationale Tchadienne). On peut raisonnablement avancer le nombre de 60.000 hommes pour une population d’environ 10 millions d’habitants. A titre de comparaison, sous le régime de Hissein Habré, les effectifs de l’armée oscillaient entre 25.000 et 30.000 hommes.

L’armée tchadienne sous Deby est, ainsi, l’une des plus importantes d’Afrique aux côtés du Nigéria qui compte 76.000 hommes pour une population de 148 millions, ensuite, celle de l’Afrique du Sud avec un effectif de 63.000 hommes pour une population de 48 millions.  En faisant cette comparaison, on peut se rendre compte à quel point la désorganisation totale de l’armée a entrainé la militarisation de la société tchadienne. On aura relevé aussi qu’en tant que soldat, Idriss Deby en  23 ans,  n’a  pas formé d’officiers supérieurs dans les écoles militaires à l’étranger comme il le fut lui même. D’ailleurs, Idriss Deby formé à la crème des écoles militaires, ce passage était censé lui inculquer les principes généraux et les règles de base régissant la constitution d’une Armée.

Et pourtant, c’est  bien lui, qui a nommé, par décret, 400 Généraux ! Idriss Deby a distribué à tous vents des grades de Général, c’est ainsi qu’on pouvait passer de Caporal à Général, on pouvait  même, ne pas être dans l’armée et se voir offrir un grade de Général, tel est, par exemple, le cas du président du Conseil Islamique, Hassan Hissein Abakar,  un soudanais arrivé dans les bagages de Deby en 1990.
Autre exemple, lors de l’intervention malienne, Idriss Deby a positionné son fils adoptif au commandement des forces tchadiennes. Ce symbole qu’il voulait assurément à des fins de récupération personnelle, est très parlant de ce qu’est l’armée tchadienne. Ce jeune homme a-t-il grimpé les échelons normalement ?  Pas du tout, du jour de son adoption, il y a 4 ans à peu près, il fut bombardé Commandant de la garde présidentielle et promu automatiquement Général sans avoir été un jour capitaine, colonel etc… A vrai dire, il n’a jamais été soldat auparavant !

De manière régulière, selon les exigences de politique intérieure, Deby prend des décrets et propulse des militaires parfois à la retraite, parfois d’anciens rebelles évoluant dans des activités, par exemple, commerciales, comme généraux. Ou encore, récemment, après la  fin  des rebellions, si l’on peut dire, des purges massives sont opérées avec toujours des considérations ethniques, des groupes sont ciblés et indexés car étant jugés non favorables au régime. La purge ayant alors pour but d’organiser la pauvreté des familles en les coupant de la source de revenus fournie par le travail du chef de famille.. L’armée française positionnée au Tchad depuis plus de 20 ans connaît bien les limites mais aussi les dérives de l’armée de Deby. C’est par hantise de voir l’émergence d’un homme capable de constituer une alternative, qu’il a toujours refusé d’envoyer en formation des officiers. En outre, Deby est obsédé par l’idée selon laquelle, les écoles militaires françaises sont un creuset de recrutement pour la DGSE, de militaires susceptibles d’organiser des Coups d’Etat plus tard. Ainsi, Compaoré, Feu Baré Mainassara, ATT, Deby lui-même, sont tous passés par l’Ecole de guerre en France, et aussi passés entre les mains des Officiers de la DGSE.

Hier, Idriss Deby a mobilisé son armée  contre la communauté internationale en Libye, où elle s’est singularisée par de très graves exactions sur les jeunes libyens qui se soulevaient contre Kadhafi. Les hommes de Deby ont commis d’importantes atrocités en Libye, une journaliste du journal « le Monde » a témoigné avoir vu des corps de jeunes libyens dont les oreilles avaient été coupées par les hommes de Deby.

Par rapport donc, aux prétentions d’occuper le poste de commandement de la MINUSMA, on peut relever que la petite expérience de la cohabitation avec l’armée française dans le cadre de la gestion des évènements au Nord Mali, l’armée tchadienne ou plutôt, son chef depuis Ndjamena, a montré son incapacité et son manque de maturité à gérer des situations de crise et s’est illustré par une offensive médiatique installant une cacophonie et un jeu de ping pong de mauvais aloi entre alliés(l’affaire Abou Zaid). Cette expérience a, aussi, montré que l’armée tchadienne n’avait pas de chef sur le terrain, à même d’assumer son rôle de Général sans interférences intempestives de Deby, depuis Ndjamena. Ainsi donc,  par l’emprise de Deby et les liens (fils) sur les  Généraux, constat a été fait sur les limites de leur capacité à se mettre au service des NU.

Aujourd’hui, il apparait clairement que le Tchad n’a pas d’Officiers capables de diriger la MINUSMA, et l’appréciation prudente du ministre français qui parle de responsabilités et pas de commandement  au sein de la force des NU, est la plus raisonnable. Il est évident que la MINUSMA qui a une mission politique sera dirigée par une personnalité civile qui représentera le Secrétaire Général des NU au Mali, pour lui conférer le poids nécessaire pour mener à bien sa mission qui s’annonce très délicate compte tenu de la complexité des problèmes entre Maliens. Une connaissance de la question Touareg sera un plus pour cette personnalité. A Zoomtchad, nous pencherions pour une personnalité nigérienne. Le Niger est un pays qui a de nombreux atouts dans cette crise malienne. Il est plutôt neutre dans le conflit malien. Il partage de nombreux problèmes avec le Mali, comme la question Touareg, avec des rebellions autrefois, mais aussi des résultats positifs avec des solutions politiques au problème du Nord. Niamey est la capitale la plus proche de GAO (400km) alors que Bamako se trouve à 1200km. Son Premier Ministre est Touareg. De plus, c’est au Niger que les USA ont souhaité installer une base de déploiement de drones.

N’ayant pas un rôle de faire la guerre, le commandement militaire de la MINUSMA sera  peut - être confié à un militaire manager expérimenté et certainement originaire d’Afrique de l’Ouest. On voit mal les pays de la CEDEAO accepter qu’une force positionnée dans un pays membre, soit dirigée par un pays appartenant à la zone CEMAC ! Rappelons que la MISMA est dirigée par un Nigérian et que son pays sort renforcé diplomatiquement par la libération de la famille française détenue par Boko Haram.

En outre, il faut qu’au Tchad, on comprenne que la mission de stabilisation du Nord Mali dans cette phase 2, ne peut accorder au Tchad, une importance qu’il n’a pas. Le coche a été raté par Deby au niveau de la phase 1, où là on avait besoin de lui. Il devra s’en prendre qu’à lui même et à ses limites intellectuelles à analyser une situation donnée pour définir une stratégie. Aujourd’hui, la France a besoin pour la stabilisation du Mali de s’appuyer sur des pays incontournables comme l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et les pays de l’Espace CEDEAO. Trouver un canal de médiation politique qui puisse être accepté par tous et qui soit en mesure de poser les bases d’une réconciliation durable entre maliens est l’objectif premier. On ne voit pas, dans cette perspective, la contribution que le Tchad pourrait apporter. Ensuite, la question de la sécurisation de l’espace sahélien devra se faire en étroite collaboration avec l’Algérie, qui, aujourd’hui est indispensable pour lutter contre AQMI. De plus, l’Algérie qui est aux côtés de la France dans cette guerre au Mali a autorisé le survol de son territoire, et a mené des opérations coups de poing contre d’éventuels replis des djihadistes. Son expérience dans la lutte contre le Terrorisme, sa puissance militaire (300.000 hommes) font que la France a besoin de l’Algérie pour penser et sécuriser le sahel. Le Tchad viendra en complément, en auxiliaire.

La Mauritanie est aussi une alliée sûre pour une sortie de crise au regard de ses relations avec les mouvements Touaregs ; ainsi que le Maroc, soutien précieux lors des débats à l’ONU pour les résolutions sur l’intervention malienne, et qui a aussi permis le survol de son territoire par l’aviation française.

A l’entame de cette phase politique, s’il y a une leçon à tirer de cette crise malienne. C’est la prise de conscience que les points de fragilité détectés au Mali existent dans beaucoup d’autres pays africains. Ces points, entre autres, ont pour nom ; mirage démocratique par des élections truquées grâce parfois à une fraude informatique sur le fichier, sur les cartes d’électeurs, sur le décompte des résultats ou tout simplement par la manipulation de la CENI. Mais aussi, tripatouillage constitutionnel pour s’assurer des présidences à vie, achat massif des consciences. Mirage démocratique, c’est aussi une opposition politique et parlementaire corrompue et qui a baissé les bras. Ce cocktail est la cause d’une crise institutionnelle importante, et qui existe dans de nombreux pays africains. Et la sophistication des armes de la répression a fait le reste ; harcèlement fiscal, accusations de détournement de fonds et procédures judicaires abusives, ou encore mise en quarantaine sur le plan financier par le blocage de toutes activités pour les opposants ou les personnes suspectées d’ambitions. Les institutions sont, dans ce schéma, totalement décrédibilisées. La conséquence logique, c’est l’attitude déresponsabilisante que l’on constate chez les militaires Maliens. L’institution armée est gangrénée par le népotisme, la corruption, les détournements, les calculs politiques. Elle n’a plus aucun sens à leurs yeux. Est-il étonnant qu’une grave crise économique accompagne cette crise institutionnelle ? A l’organisation des détournements massifs des deniers publics, se sont greffés des trafics en tous genres ; blanchiment, fausse monnaie, drogue, organisés par ceux qui ont détruit les institutions pour mieux les contrôler.

On peut faire la remarque à Obama qui disait que : « l’Afrique avait besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts.» Ce sont les hommes de pouvoir qui font les institutions, indispensables pour gouverner, rarement, ils leur permettent de s’ériger en contre-pouvoirs. Ce sont là les raisons profondes de la crise malienne, et, ce serait une erreur de réduire les problèmes à la question Touareg et aux conséquences de la guerre en Libye. D’ailleurs, l’opération Serval a dévoilé, à son terme, que 80% des armes saisies chez les djihadistes ne provenaient pas de la Libye, mais des entrepôts de l’armée malienne et des pays de la sous- région Afrique de l’Ouest, grâce à des trafics tout simplement.

On avait parlé du mirage démocratique malien, il serait aussi juste de parler du mirage tchadien. Soulignons que les résultats économiques du Mali étaient meilleurs que ceux du Tchad. Le dernier indice de développement humain du PNUD classe le Mali  au 175ème rang, le Burkina au 181ème, le Tchad au 183ème sur 187 pays listés ; la part de population qui vit sous le seuil de pauvreté est de 51% au Mali, pour 65% au Tchad. C’est dire…Lire la suite sur Zoomtchad.

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