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Mali : Vers une sortie de crise proche ?

Publié par Ndouné sur 17 Novembre 2012, 08:57am

Catégories : #Afrique

Mali---troupe-MNLA.jpgLe 12 novembre l’Union Africaine a confirmé son intention d’adopter le plan de la CEDEAO proposant d’envoyer un contingent de 3300 hommes avec le support logistique de l’UE et de l’ONU. L’UA – dont les dirigeants se sont réunis à Addis Abeba à partir du 14 novembre pour définir les détails de composition du contingent – a aussi déclaré vouloir étendre le contingent à 5500 soldats avec le soutien de pays africains hors-CEDEAO. Au même moment, l’envoyé onusien au Sahel, Romano Prodi, a appelé à une rencontre multilatérale en décembre pour mieux organiser l’intervention – et garder aussi ouverte la voie d’une solution plus diplomatique que militaire.

La Communauté cherche encore à mener en parallèle des négociations avec les différents groupes terroristes – sauf avec le Mujao, avec lequel les négociations ont déjà été rompues. Ansar Eddine, le 6 novembre, s’est ouvert au dialogue en refusant le terrorisme pendant une réunion avec les diplomates burkinabés1.

Déjà, la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU du 12 octobre  dernier avait donné l’aval attendu aux appels français pour une intervention militaire multilatérale en territoire malien. Les Nations Unies avaient adopté un texte qui invitait les pays africains à travailler ensemble durant 45 jours afin d’organiser une stratégie commune d’intervention qui ne devait pas seulement concerner le cadre militaire, mais aussi politique. Le texte invitait aussi les autorités du Mali et les « groupes rebelles » à s’engager au plus vite dans un processus de négociation crédible.

Les premières réactions internationales notables étaient arrivées de la France et du Mali. Le Ministre de la Défense français Le Drian avait très tôt déclaré que l’intervention serait « question de quelques semaines », vue l’importance de cibler le « sanctuaire des terroristes » qui contrôle le Nord-Mali. Il soulignait que la France n’enverrait pas de troupes, se limitant à fournir une aide logistique2. Du coté malien, le capitaine Sanogo – actuellement président du comité de réforme de l’armée – admettait le besoin d’un soutien extérieur (1).

La réponse des institutions africaines a été rapide. Les chefs d’état de l’Afrique de l’ouest, à coté des représentants de l’UA, de l’ONU et français, s’étaient réunis à partir du 19 octobre à Bamako pour accorder la stratégie pour la reconquête du Nord Mali (2). Le sommet a eu les effets diplomatiques espérés, incluant de nouveau le Mali dans la diplomatie multilatérale africaine après sa « sortie » en mars dernier à cause du putsch des militaires de Sanogo. En outre, il y a eu une première réponse aux demandes de solution « aussi politique » : la déclaration finale du sommet appelait les autorités maliennes à travailler pour la restauration de l’autorité et la cohésion entre les institutions, afin de créer les conditions pour tenir des élections libres et transparentes au cours du 1er trimestre 2013 (la déclaration était ici bien moins précise, indiquant seulement que le Mali doit définir un plan détaillé pour atteindre ces objectifs et faciliter l’aide de la communauté internationale). Tandis que les autorités sont encore en train de détailler leur intervention, les djihadistes semblent avoir les idées moins claires par rapport à la mi-octobre.

Initialement, le progrès vers une opération militaire les a poussés à améliorer leur organisation. Le 22 octobre Aqmi et le Mujao ont reçu de nombreux renforts (3), provenant des camps algériens et sénégalais, et arrivés dans les villes de Gao et Tombouctou. Selon Habib Ould Issouf, leader  Mujao, l’arrivée de ces milices était la réponse à la « volonté de guerre » des autorités.

Même si les trois groupes restent divisés sur des points programmatiques et idéologiques (4), ce fait démontre leur capacité d’organiser logistiquement une défense rapide de leurs territoires. Mais combien de soldats peuvent déployer les groupes terroristes ? Après l’apparente « neutralité retrouvée » d’Ansar Eddine, la situation va changer : sans leurs 4000 hommes environ, les forces jointes d’Aqmi et du Mujao arrivent à 2000 hommes, dont 1300 mercenaires ou adolescents recrutés sur le terrain. La défection du leader Mujao Bilal Hicham et la position instable de l’autre leader Mokhtar Belmokhtar contribuent aussi à montrer que le front des extrémistes est moins solide.

Cependant, il ne faut pas oublier que les djihadistes ont encore des avantages stratégiques et territoriaux. Il faudra prendre en compte le risque d’une guerre « de terrorisme » menée par les djihadistes, utile pour maintenir instable le nord-Mali même si les troupes d’État réussissent à intervenir.

En outre, même si les habitants des régions sous leur contrôle cherchent à manifester leur dissension, les terroristes affirment que la population est avec eux. Si cela s’avère être vrai – au moins en partie – il sera encore plus difficile d’éradiquer les djihadistes.

Ce dernier point sera très important, vu que le Sud Mali a également assisté à des réactions mixtes à l’appel à une action militaire. La manifestation en faveur de cette dernière à été tôt suivie par une manifestation (d’environ 2000 personnes) contre la force d’interposition internationale, perçue comme une force d’invasion non intéressée à la liberté du peuple malien.

Sur ces bases, même si au moins le Mali a récupéré son statut de pays intégré dans la communauté internationale, toutes les problématiques anticipées quand l’intervention militaire était seulement « une » option parmi d’autres sont toujours là. Les autorités maliennes et internationales ont jeté des bases à Bamako, mais la stratégie militaire doit être rapide et viser l’application des principes de « restauration de l’état de droit » : l’armée doit agir selon des règles bien précises et éviter dans tous les cas des dommages collatéraux (et d’externalités négatives dans les pays limitrophes), vu que chaque erreur se transformera en « atout » pour les terroristes.

 

Par : Giuliano Luongo

1 « Ansar Eddine rejette toute forme d'extrémisme et de terrorisme et s'engage à lutter contre la criminalité transfrontalière organisée ». On attend que des actes confirment cette position. Aussi, il faut savoir Eddine sera neutre ou soutiendra les autorités. Cf : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121107095608/mali-terrorisme-aqmi-blaise-compaorecrise-malienne-les-islamistes-d-ansar-eddine-rejettent-le-terrorisme.html

2 Confirmé aussi le 13 novembre par le Ministre lui-même à l’ANSA. La France n’enverra de troupes de terre ni fera des bombardements, en se limitant à offrir support de « intelligence ».

Giuliano Luongo est un économiste de l'Université Federico II à Naples.

Publié en collaboration avec www.libreafrique.org

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