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Tchad : A quoi sert le pétrole ?

Publié par Ndouné sur 31 Juillet 2014, 10:19am

Catégories : #Opinion

petrole_tchadien-ja.jpgComme la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne producteurs de pétrole, le Tchad est à son tour frappé par la malédiction du pétrole. Devenu l’objet de convoitise des colosses exportateurs pétroliers, le pétrole du Tchad a été pendant longtemps jalousement gardé par les dirigeants politiques du pays depuis l’indépendance. Le président Ngarta Tombalbaye imbu du patriotisme qu’on lui connait a mené d’âpres discussions d’abord avec, la compagnie américaine CONOCO (continental oil compagny) puis avec ELF (Française), ensuite avec la société ESSO devenu EXXON (Américaine) mais sans résultat. Son obsession de vouloir faire profiter le Tchad de son pétrole a fini par emporter son pouvoir.

 Depuis 1983 avec l’avènement du Président Hissein Habré au pouvoir, les tractations sur l’exploitation du pétrole avaient repris avec pour objectif d’installer d’abord une mini raffinerie dédiée à la consommation locale. Sur les traces de Tombalbaye, Habré, cet autre patriote, malgré les dérives reprochées à son pouvoir, a été intraitable sur ce dossier. C’est ainsi qu’il a exigé que le Tchad puisse exploiter rationnellement son pétrole et surtout que le prix du pétrole Tchadien soit aligné sur celui du brut de meilleur qualité vendu sur le marché international. Notons par ailleurs que la Libye de Kadhafi n’a jamais accepté que le Tchad soit un pays exportateur de pétrole, pour plusieurs raisons que nous épargnons les détails aux lecteurs de ces lignes. Les experts, très tatillons, triés dans la crème de l’intelligentsia Tchadienne nommés par Habré ont fini par avoir raison sur leurs exigences dans les détails de la convention sur l’exploitation du brut Tchadien par un consortium composé de ELF, EXXON et SHELL. L’affront du dirigeant d’un Etat sahélien est difficile à accepter. C’est dans ce contexte que Habré fut renversé à son tour par un bidasse encadré par le milieu de la barbouzerie occidentale appelé Idriss Deby.

Voilà un idiot utile qui, comme une girouette, tourne selon la volonté de tous les vautours qui n’attendaient que cette occasion pour saigner à blanc les ressources de notre pays. Les compagnies pétrolières étant sans état d’âme à l’égard des dirigeants influençables, elles ont, par des méthodes contestables, conduit Deby à céder sur tous les plans face aux  exigences du consortium, ce qui n’a pas empêché ELF de claquer la porte pour des raisons restées inconnues des tchadiens. Après la promulgation de la loi portant sur la gestion des revenus pétrolier et le début des travaux de l’exploitation du pétrole, les experts à la manœuvre du dossier vont finir par la mort mystérieusement accidentelle pour certains, et le recrutement par des sociétés étrangères pour d’autres. Aussitôt et profitant du vide créé par ces circonstances curieuses, Deby créa un cabinet occulte composé essentiellement des BILIA sous la houlette « du grand-frère » Daoussa Deby. Ne s’étant pas entendu sur « le butin » à partager, le groupe de parents qu’il a mis en place autour du dossier pétrole a éclaté, occasionnant au passage le présumé coup d’Etat de Mai 2004, qui a fini par une rébellion contre le «  manitou » Deby.

Lâché par une partie des siens et contesté par la rue à cause des violations répétées des droits de l’Homme, chez Deby tout était devenu monnayable. Les exemples pour étayer cette corruption à huis clos sont nombreux. A la place de la mini raffinerie exigée par le régime précédent, du cash lui a été proposé d’où le décalage de sa réalisation, d’une dizaine d’années. Friand du liquide comme un gérant d’épicerie et doux comme un agneau devant le matériel, couvert d'incongruités, Deby a fermé les yeux sur toutes les clauses mettant en danger la vie des populations des zones pétrolières.

Il n’est un secret pour personne qu’il est coûteux pour les compagnies pétrolières, de contracter avec un Etat démocratique transparent et à fortiori d’obtenir l’accord des populations locales, lorsque l’installation d’équipements pétroliers est de nature à mettre en cause l’environnement ou les ressources agricoles d’une région, ce qui a contribué à la mise en place  d’une opacité inédite. Ainsi, malgré les promesses fallacieuses, ces populations n’ont rien reçu de satisfaisant en contrepartie de leurs habitations et leurs champs détruits par le passage du pipeline.

Pour parler de ce qu’on a appelé pompeusement «  revenus pétroliers » contrepartie de la vente du brut: royalties, taxes diverses et ristournes; le Tchad n’en a pas profité si l’on parle en terme d’investissements durables, en tenant compte de l’indice du développement et surtout quand on calcule ce qui devait être versé au trésor public de ces revenus évalués à quelques deux milliards de dollars par an.

A partir de 2005, plusieurs canaux de pillage ont été mis en place, mais nous retenons les plus mortifères pour l’économie du pays. Le président avait pris la décision de classer le gouvernement par ministères prioritaires pour d’éventuels investissements, tout en confiant « la coordination » de ces investissements au ministère des infrastructures, érigé de fait en un grand centre de toutes les magouilles imaginables dont l’unique régulateur n’est autre que Deby. Les ministres nommés à la tête des départements dits prioritaires sont tous choisis parmi les laudateurs, connus pour leurs flagorneries au roi Deby. Ils doivent subtilement organiser la façon de siphonner les fonds destinés à leurs départements ministériels au bénéfice de Deby par la mise en place de ce qu’on appelle « les marchés fictifs ». Une pratique malicieusement inventée pour remplir les comptes. Ensuite, il se formera un autre réseau à la faveur des attaques de la rébellion pour soi-disant acheter des armes. Ce réseau composé des très proches du président a détourné des milliards en sillonnant les pays de l’Europe de l’est pour l’achat des armes. La quincaillerie achetée à vil prix n’a servi qu’à quelques parades militaires des cérémonies de 1er décembre de chaque année. D’ailleurs le fameux réseau a fini par se disloquer après le partage des derniers fonds qui lui étaient destinés.

Le troisième réseau est celui animé par les fils, beaux-fils, beaux-frères et gendres du président. C’est un véritable club de voyous qui s’est attaché les services des truands Camerounais et obtenu l’autorisation de Deby pour vendre le pétrole par tankers à des démarcheurs en haute mer et récupérer de l’argent liquide déposé par ces intermédiaires dans des comptes offshores. Un cabinet Camerounais dirigé par un certain Minled Jérôme est chargé par ce groupe de faire tous les transferts pour son compte. Ce cabinet a, semble-t-il, été l’intermédiaire de toutes les tractations de la société Anglo-Suisse GLENCORE très impliquée dans le pétrole Tchadien et partenaire de la société des hydrocarbures du Tchad (SHT).

A ce stade plusieurs questions se posent. Le Tchad exporte combien de barils par jour et à combien notre pétrole est vendu sur le marché international ? Par quel circuit les recettes pétrolières sont versées au Tchad ? Qui contrôle ce circuit ? Nous savons qu’en 2004 les exportations étaient de 125.000 barils/jour. Ce chiffre devrait être porté à 250.000 barils/jour avant la fin de la même année, mais à ce jour nous sommes à 88.000 barils/jour depuis plusieurs années malgré les 20.000 barils/jour du champ de Badila. S’agissant du prix du baril, il est au dessus de 100 Dollars américains depuis plusieurs années pendant que l’hypothèse optimiste retenu au moment de son approbation était de 25 Dollars américains.

Il est donc important à ce niveau, de se demander ce que l’on fait des ressources pétrolières et pourquoi un épais mystère entoure la question de l’utilisation de la manne pétrolière. En effet nous allons tenter d’ébaucher quelques pistes qui pourraient éventuellement mener à l’origine de ce mystère. L’hypothèse la plus plausible est l’existence d’un circuit parallèle d’exportation de pétrole à travers ce qu’on appelle les cargos fantômes. Cette méthode liée à la mafia internationale permet de charger des cargos non-immatriculés qui vendent leurs cargaisons, généralement en espèces, en haute mer à des pays sous embargo ou à des sociétés de blanchiment d’argent de provenances douteuses. Ceci est tellement pensable, quand on sait que le circuit d’exportation du brut tchadien ne compte que deux compteurs, l’un au départ à Komé et l’autre au terminal de Kribi et les deux compteurs tombent curieusement en panne en même temps et de manière régulière s’il vous plait. Le mécanisme de contrôle des quantités exportées repose sur un petit dispositif sécuritaire composé de gendarmes au niveau de Komé et de quelques jeunes douaniers désœuvrés plus doués à faire la bamboula que de contrôler un compteur de brut de pétrole.    

Depuis l’inauguration du pipeline en 2003 par Deby, aucun contrôle sérieux n’a été effectué sur la quantité du brut exporté. Au niveau de la raffinerie de Djarmaya, c’est encore pire. La baisse du prix du litre d’essence au Tchad clamée avec fracas par Deby n’a jamais eu lieu, tout simplement parce que Daoussa doit trouver le moyen d’écouler ce pétrole sur n’importe quel marché, notamment les pays voisins et Tant pis pour les Tchadiens. Tous les proches de Deby ont trouvé l’occasion de s’ériger en affairistes et se mettent à la recherche des traders pour vendre le brut chargé dans des bateaux. A cette occasion, ces illustres inconnus sont devenus des piliers du commerce au Tchad et arrivent à truster des pans de l’économie nationale.

Les ressources pétrolières étant épuisables, Il faudra nécessairement envisager à court terme, des mécanismes qui garantissent la transparence et une équité intergénérationnelle. A cet effet, la jeunesse ARDACHI interpelle le parlement du Tchad qui doit, par devoir moral et politique, faire un réel état des lieux, définir clairement les rapports entre l’Etat et les compagnies à toutes les étapes de la mise en valeur de nos ressources pétrolières afin d’apporter les corrections nécessaires, pour que cela  profite à toute la population tchadienne.

Il est clair que le développement de la population tchadienne et leur bien-être ne constituent pas un souci majeur pour Deby. Cela a pour conséquence la baisse du niveau de vie de la population (classement indice de développement humain), la déstructuration du système scolaire couronnée par des taux de réussite de 8% au baccalauréat, le manque d’infrastructures routières etc. Ainsi va le Tchad.

Fait à N’djamena Le 30 Juillet 2014

Jeunesse ARDACHI

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