Le site Ndouné

Le site Ndouné

Toute l’actualité en temps réel | Analyses et infos sur l'actualité : Tchad - Afrique - International


Tchad – Interview ratée de Idriss Deby : la méconnaissance et le déni de réalité politique et économique

Publié par Ndouné sur 21 Avril 2013, 08:03am

Catégories : #Lu pour vous

IDI-Interview-a-TV5.jpgL'émission "Internationales “de l'équipe TV5, le Monde et RFI a eu  comme invité Idriss Deby. Son choix est normal, compte tenu de l'actualité ces derniers mois et de son implication dans deux crises importantes, en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest. L'émission" Internationales" était une plateforme intéressante et touchait un large public dans la mesure où elle était portée par 3 médias : presse écrite, le journal le Monde, la télévision par TV5 et enfin, la radio par RFI.

L’interview a lieu à la présidence, autrement dit, un espace public et politique. Ce format devrait permettre que le président y soit en majesté, dans ce type d’exercice, l’homme politique fixe les règles et mène le jeu. Les questions des journalistes sont le prétexte à la quasi-lecture d’un document parfaitement maitrisé et à la délivrance d’un message mûrement préparé. Du moins en théorie… Enfin, il existe un contrat tacite au sujet des questions dérangeantes, propres à éclairer l’opinion, et qui ne seront pas à l’ordre du jour.

Un grand boulevard médiatique s’ouvre ainsi devant l’homme politique et la partition jouée par les journalistes français se singularisait par la plus efficace des censures, à savoir l'autocensure. Tout l’art de ces « grands » journalistes a été de réussir à faire passer la complaisance pour de la courtoisie, et en fait, de réaliser une interview politique comme on les faisait, en France, dans les années 1950, ce qui correspond aux années 2013 des pays de la Françafrique. Ainsi, comme on a pu le constater, un journaliste peut se transformer en journaliste porte-micro sans que sa déontologie en prenne un coup. Un large public, des journalistes complaisants, ayant déjà dessiné les contours de la prestation attendue : Deby, garant de la sécurité dans l'espace sahélo- saharien, voué, désormais, à jouer un rôle de puissance régionale, et consulté sur une grande autonomie à accorder aux Touaregs.

Idriss Deby a envoyé prés de 2.400 hommes pour un conflit qui n'en demandait pas tant. De même, l'armada française déployée était plus, une occasion pour l'Armée de terre de prouver son utilité après que, la guerre en Libye eut été l'occasion pour l'Armée de l'air de faire une grande démonstration de force. La guerre au Mali tombait à pic au moment où les experts préparaient la loi de programmation militaire en France. La guerre au Mali, une question de budget ? Dans une large mesure, très certainement. Pour l'Etat-major français, enrôler Deby a été un jeu d’enfant ; d’ailleurs, l'un des journalistes avait laissé entendre que la participation tchadienne était une façon pour lui "de préparer son retour sur la scène internationale", ce qui laisse supposer qu'il était considéré comme un paria ! Donc, selon les journalistes qui l'interrogeaient, Idriss DEBY cherchait avant tout à revenir dans les grâces  de Hollande d'une part, mais aussi, se devait d'obéir car l'armée française avait, plusieurs fois, intervenu pour réduire à néant des rébellions. Il était donc logique qu'à son tour, il renvoie l'ascenseur, dixit le journaliste de TV5.

Malheureusement, pour nos journalistes, la réussite d'une interview, d’une grande opération de communication politique suppose des efforts conjugués. Sarkozy disait : "montez-moi un bon plan, une bonne lumière, et je m'occupe du reste." Autrement dit, s'autocensurer, baliser les sujets, prendre l'interviewé par la main, n’ont pas suffit. Dieu ! Que ce fut laborieux, pénible, indigeste. Le visage bouffi, le débit haché, cherchant ses mots, Idriss Deby a complètement raté ce rendez-vous post-crise malienne où théoriquement, on pouvait s'attendre qu'il en récoltât les fruits. La médiocrité du personnage, sa posture de nier son ingérence en RCA où il a porté au pouvoir Bozizé, où un contingent tchadien occupait un camp militaire à Bangui et assurait la sécurité du régime pendant tout le règne de ce dernier. On l'a entendu encore nier, avoir gracié les bandits de l'Arche de Zoé! Et ce, malgré la publication par RFI du décret de grâce!

Le summum du reniement, voire de la trahison a été le virage à 90 degrés sur ses relations avec Kadhafi. On a, ainsi, entendu Idriss Deby dire : "L'élimination physique de Kadhafi n'a pas été une erreur car Kadhafi n'a pas fait que du bien! Il a occupé le Tchad pendant 22 ans, semé le désordre, déstabilisé le pays. Le Tchad a été la première victime de Kadhafi." Avis aux suppôts de Kadhafi au Tchad, Deby a oublié qu'il s'est aplati devant Kadhafi, lui a livré le Tchad, lui a octroyé des milliers d’hectares de terres au franc symbolique. Le Tchad était devenu sa résidence secondaire. (Voir notre article" Devoir de mémoire").Idriss Deby a déjà oublié qu’il a enrôlé de milliers de Tchadiens pour aller mourir pour Kadhafi, que sa garde présidentielle a torturé et liquidé des centaines de jeunes libyens qui se battaient contre Kadhafi. Deby a déjà oublié les multiples décorations que lui et son épouse se sont bousculés pour offrir qui à Kadhafi, qui à la fille de Kadhafi. Il a oublié les cérémonies de deuil organisées à Ndjamena par l'épouse de son frère Daoussa Deby, tante de Hinda Deby. Il peut oublier mais ce n’est pas demain la veille que le CNT oubliera. De grâce, semblait-il dire au journaliste : « Ne me parlez plus de Kadhafi, j’ai déjà brûlé tout ce que j’ai adoré et  servi ! »

En déroulant un discours décousu, des propos de reniement, de négation d'actes posés, au finish, la grande interview sensée être un grand moment de télévision, permettant à Deby de revêtir les habits de patron de l'Afrique centrale, a surtout été un grand moment de confusion . On a vu un Idriss Deby reculant au fond du court et des journalistes lui lançant des balles qu'il frappait dans tous les sens. Autant les journalistes jouaient la décontraction : « Le Tchad a tué Abou Zaid... », plus Deby était crispé, tendu, grimaçant, se faisant répéter les questions. Pour sauver l’entretien et le conduire à terme, le journaliste comprit qu’il fallait inverser les rôles, contrairement à l’objectif recherché qui devait permettre à l’homme politique de s’appuyer sur le journaliste pour valoriser sa prestation.

Quelques exemples: "en fait, vous aviez raison, à l’époque en disant que l'élimination de Kadhafi était une erreur, à cause du chaos." Réponse : "Non, non, l'élimination physique de Kadhafi n'est pas une erreur, vous savez, Kadhafi n'a pas fait que du bien....". Ou encore, en intervenant en RCA, vous aspiriez à jouer un rôle régional? Non, j’'ai pas soutenu Bozizé, mais le peuple centrafricain! Ne pensez-vous pas que les Touaregs devraient avoir une certaine autonomie? Je ne peux me prononcer..." Fin de citation. Un discours monotone, peu supportable et peu audible.

Sur la question Malienne. L'intervention de l'armée tchadienne s'est faite, non pas, au bénéfice du peuple malien mais en exécution d'une politique de partition du Mali et nous l'avons dénoncé, dès les premières heures de l'opération Serval. Car, que constatons-nous, après la libération du Nord Mali ? L'armée tchadienne et l'armée française ont-elles remis la zone libérée aux autorités maliennes ou bien comme on le constate, elles l'ont remise entre les mains du MNLA? Aujourd'hui, ce sont les autorités politiques de Bamako qui ont la légitimité et la légalité sur lesquelles se sont construites toutes les interventions française, tchadienne, CEDEAO, MISMA et ONU à venir. Alors comment expliquer et justifier que le MNLA qui a introduit le terrorisme au Mali, qui a refusé de le combattre, et même, n'a pas été capable de le faire sortir de son « territoire », comment expliquer que,  c’est à ce groupe qu'on remet le territoire libéré ?Et le complot montre sa face horrible quand l’armée tchadienne et l’armée Française interdisent aux autorités de Bamako - elles, sur qui on s'est appuyé pour agir au Nord Mali - de s'installer dans ce même Nord Mali ! Sous prétextes que le MNLA refuse de voir l'armée malienne ! La complicité de l'armée tchadienne et des français est choquante quand on laisse le MNLA garder son armement mais aussi se rééquiper, en pleine violation des résolutions de la CEDEAO, et en dépit du bon sens le plus élémentaire. Ainsi donc, la seule volonté exprimée par le MNLA de ne pas voir les autorités maliennes dans la zone Nord, cette seule volonté a suffit aux deux armées pour oublier les actes graves posés, et donner au MNLA ce qu’il voulait avoir en ayant pactisé avec les groupes djihadistes. On a donné, ainsi, une prime à des gens qui ont aidé le Terrorisme ! La belle affaire !

Oui! L'armée tchadienne menée par Deby a trahi le peuple malien, elle a combattu pour le MNLA avant tout, et elle a favorisé la mise en marche d'un processus de division du peuple malien et de son espace territorial ; et elle monte la garde aujourd'hui, pour le compte du MNLA, sur le territoire revendiqué par le MNLA. C'est une honte car notre histoire récente nous a montré l'ampleur des défis que le peuple tchadien a dû relever pour déjouer les complots incroyables préparant la partition du Tchad. Force est de constater et de se souvenir que ce n'est pas à un Idriss Deby qu'il le doit. Mis à l'épreuve et seul en première ligne, on le retrouve dans les habits d'un mercenaire avide ! Pour le malheur des peuples malien et centrafricain, mais aussi pour le peuple tchadien ! Faut-il s'étonner que la classe politique malienne dans son ensemble parfaitement consciente du sale jeu de l'armée tchadienne, ait observé sans applaudir l'action d'Idriss Deby. C'est ainsi qu'on a constaté l'absence de solidarité réelle du peuple malien, les déclarations se sont cantonnées dans les zones Nord sur sollicitation des médias tchadiens pour la plupart. Pourquoi croyez- vous que les Français aient, dès le lancement de l'opération Serval, installé le camp médical des forces tchadiennes au...NIGER? Alors qu'on aurait dû les faire soigner à Bamako, ou dans une autre ville du Mali, en toute logique, si tant est qu'ils venaient en véritables libérateurs. Aussi, on aura vu les médias tchadiens se déployer massivement pour couvrir l'intervention militaire des forces tchadiennes, mais là aussi, en évitant soigneusement les autres régions du Mali, et la capitale Bamako. Bien sûr, on a vu les grandes balades à Bamako des gens de la société civile tchadienne, des membres des partis politiques d'opposition, des gens du MPS, venus apporter leur soutien aux FATIM mais surtout chercher des remerciements. C'était vraiment pathétique et loufoque!

Aucune de ces interventions n'apportera des réponses aux nombreux problèmes qui se posent à ces pays et ceci pour la simple raison que les pseudos solutions qui sont avancées correspondent simplement à la mise en exécution de schémas politiques qui collent aux calculs et coïncident avec les intérêts stratégiques et économiques de la seule France. On reparlera du Mali et de la RCA. N’est-ce pas que les forces des Nations-Unies devaient seulement contrôler le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire? Elles y sont toujours, se sont substituées aux forces de sécurité du pays et, hors du cadre juridique et légal qui définit leur mission, elles assurent la protection d’un pouvoir. Jusqu’à quand ?

Le Premier Ministre tchadien a, dans une allocution à l'Assemblée Nationale, déclaré ces jours-ci que le coût payé par le trésor public pour financer le déploiement des forces tchadiennes s'élève à plus de 57milliards de CFA, autrement dit plus de 86 millions d'euros! C’est absolument invraisemblable, comment une telle chose a-t-elle été possible? Financer à 100% une intervention sans un franc de la part de la communauté internationale, des NU, sous prétexte que les revenus pétroliers sont là et que Deby peut en user comme bon lui semble ! 57 milliards ! Quid de la détresse des familles, des étudiants, des sans emploi, des malades dans les hôpitaux, etc… Ne pouvait-on pas en faire meilleur escient! Et dire que dans ce pays, il y a des gens qui se disent de" l'opposition politique légale” ! De grâce, qu’ils se trouvent une autre étiquette genre « MPS BIS », ce serait plus honnête. C'est l'opposition politique légale la plus à genoux d'Afrique. Une véritable escroquerie !

Toujours par rapport au Mali, et au terme de cette campagne malienne, on a l'impression que rien n'a vraiment changé, au sujet des relations Deby-Hollande. Malgré son incroyable engagement à corps perdu et à fonds perdus, les fruits ont été bien maigres. On pourrait même dire qu'une crispation faite d'amertume et de rancœur demeure chez Deby ; elle s'est extériorisée par les dénonciations des médias d’Etat et par le lancement par un site du pouvoir (Alwihda) d’une virulente campagne anti-française. Donc, on peut faire le constat que, malgré l’engagement avec zèle d’Idriss Deby dans la guerre au Mali, le président français a, soigneusement, évité de prononcer une seule fois son nom, tous les observateurs ont relevé que Hollande a salué le courage des Tchadiens dans la guerre au Mali. Aucun mot n’a été dit par Hollande et surtout pas le nom de Deby qui a, peut-être, au terme de cette campagne malienne, eu un sursis grâce au lobby militaire français, mais il sera de courte durée. Ce qui est important, c’est que cet engagement des troupes tchadiennes a été insuffisant pour décrisper les relations Hollande-Deby. Et Idriss Deby en est parfaitement conscient,  d’où les efforts pour régler la grève des fonctionnaires ; et c’est ce qui explique aussi qu’il veuille enterrer l’affaire Arche de Zoé. Il s’était déjà aplati devant Sarkozy en humiliant toute l’Afrique, alors au point où il en est...

Une prestation télévisée s’organise autour de questions, de plans, de mouvements qui se combinent pour donner en direct la valeur d’un spectacle. L’incapacité totale d’Idriss Deby d’instrumentaliser l’interview politique proposée à des fins de promotion de son image et de son régime, n’a étonné personne. Les rendez-vous médiatiques ratés sont une constante. Est-ce la faute de son service de communication ? Pas du tout ! Comment peut-on travailler sérieusement quand quelqu’un, après 23 ans de pouvoir, est totalement incapable de décliner un discours cohérent. Il en est toujours à mettre des « la » à la place des « le », de nous donner des maux de tête avec ces « en fait, disons ! », de déclarer devant des journalistes effarés que son régime a augmenté le salaire des fonctionnaires de 300% ! Et d’expliquer que la masse salariale avait explosé et a atteint 400 milliards, c’était pour lui la preuve de la hausse des salaires des fonctionnaires de 300% ! En 1990, le nombre des fonctionnaires était inferieur à 20 000, aujourd’hui, on a atteint 70 000 ! (Certaines institutions pensent que, c’est beaucoup plus). Celui qui dirige le Tchad depuis 23 ans et qui doit contrôler les milliards des revenus pétroliers et autres ressources du pays, confond la hausse des salaires et l’augmentation de la masse salariale… Lire la suite sur Zoomtchad.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents