Paris refuse désormais d’intervenir dans les affaires du Tchad. Esseulé et menacé par les troupes de l’Alliance Nationale Deby recrute de « gros bras » français.
Le régime de N’djamena s’effondre. Ebranlé par l’avancée fulgurante des hommes de l’AN vers la capitale avec une pose méritée après trois assauts des forces de Deby repoussées et la force de MJE anéantie à Am Zouer, le pouvoir du despote tchadien vacille avec des propagandes mensongères en ces termes : ‘’victoire définitive’’. Dit-on qu’il ne faut pas chanter avant la victoire. Le chemin est encore long. Contrairement aux tapages médiatiques du gouvernement tchadien faisant croire que les forces de l’Alliance Nationale sont décimées, selon des sources concordantes, celles-ci a perdu huit combattants et onze blessés. Par rapport aux pertes qu’a connues le gouvernement (une centaine des morts et plusieurs blessés) par une simple analyse, dans ce cas la victoire revient plutôt à l’AN.
Pris dans le tourbillon du changement qui souffle dans les rues du pays en provenance de l’Est, IDI s’accroche aux canons des mercenaires français qui montent la garde autour du palais rose. Deby manifeste, en un temps record, un goût prononcé pour des mercenaires : preuve que son régime est tout aussi impopulaire au sein de ses hommes, qui ne cessent de déserter les casernes pour rejoindre les troupes de l’AN. Après les pilotes d’avion recrutés dans les pays de l’ancienne Union Soviétique, le commandant suprême de l’armée – fantôme de N’djamena a embauché une quinzaine de combattants étrangers payés pour défendre son régime. Ils ont été recrutés par la société Earthwing Holding Corporation. La mission de ces employés d’un autre genre de la société française EHC qui se présente sur son site comme « une société militaire privée pour répondre aux besoins des entreprises » est pourtant bien explicitée dans la rubrique « Nos services » de la page d’accueil de son site . « Entraînement de base, entraînement spécifique (anti-émeute, garde présidentielle), création ou réorganisation d'unités, support opérationnel, conseil en stratégie militaire, logistique aéroportée. »
L’ « Unité des 15 », comme certains les appellent au sein de la garde rapprochée du despote a reçu mandat de réorganiser la milice dont la loyauté est mise à l’épreuve du changement politique porté par les vaillants soldats de l’AN. Au palais rose, ils servent aussi de stratèges militaires. Officiellement, Paris n’interviendra plus au Tchad pour sauver le régime de Deby en proie à la progression des troupes de l’AN. La réalité du discours de Bernard Kouchner prend corps à N’djamena. Les soldats français de l’Opération Epervier et les troupes de l’Eufor n’accordent plus une délicate oreille aux préoccupations de ces mercenaires. Sevré de l’onction hexagonale, les espoirs de pouvoir éternel de Deby fondent comme du beurre au soleil de la révolution qui pointe sur le Tchad. L’Elysée observe ainsi une neutralité tant exigée par la communauté internationale dans le conflit tchado-tchadien. Boucliers de l’autocrate au cours des combats de fin février, les soldats français de l’Epervier et les troupes de l’Eufor ne se sont pas impliqués dans les combats aux cotés de la soldatesque du dictateur. Les « condottières » en mission de « sûreté international » au Tchad auront la tâche bien rude.
La logistique aéroportée de la milice de l’autocrate se trouve dans un piètre état. La flotte aérienne de Deby constituée de 5 hélicoptères et un Pilatus P9 en panne (transformé en bombardier) ne fonctionne en ce moment qu’avec un seul hélicoptère. Sur les cinq hélicoptères, deux ont été détruits dans les combats, un a été touché par les roquettes de l’AN et le moteur du quatrième appareil de combat aérien est en panne. Deux hauts gradés de la milice IDI sont en ce moment en Ukraine. Ces deux généraux tchadiens sont chargés d’acheter des moteurs (pour l’avion en panne) et deux hélicoptères de combats pour reconstitution de la flotte aérienne de N’djamena clouée au sol.
Jusqu’où peut tenir l’engagement de ces « gros bras » au service du dictateur tchadien alors que les ponts se coupent fatalement autour du palais rose ? Avides d’espèces sonnantes et trébuchantes, la loyauté de ces mercenaires s’estompe face à l’adversité. Bob Denard en sait quelque chose, célèbre mercenaire du continent africain il a du plier son sac bien de fois. Les derniers remparts du despote ivre de pouvoir absolu ne sont désormais que des piliers dressés sur du sable.... mouvant.
Paris soutient décidément l’autocrate tchadien. Dernier acte : La politique de l’autruche sur les activités des mercenaires français au sein de la garde présidentielle de Deby.
Par D.L de N'Djamena-matin
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