Sans remonter à plus loin et sans compter les menus fretins, en moins d’un mois et coup sur coup, le zimbabwéen Robert Mugabe, le gabonais Omar Bongo, le congolais Sassou Nguesso, l’angolais Eduardo Dos Santos, l’équato-guinéen Obiang Nguéma, le Burkinabais Blaise Compaoré, et plus récemment Omar El-Béchir du Soudan, se sont retrouvés en proie à des poursuites judiciaires occidentales. Les média du Nord, comme à l’accoutumée et bien préparés pour la cause, se sont déchaînés pour justifier, crédibiliser, voire ennoblir ces expéditions punitives néocolonialistes drapées du manteau de la justice et du droit.
Nul doute que ces Chefs d’Etat sont tout sauf enfants de cœur. Mais ça, c’est une autre histoire qui regarde d’abord et avant tout leurs peuples qui eux, souverains, ont le droit de poursuivre, de juger, voire de les pendre haut et court. Ou leur accorder le pardon. D’ailleurs, les exemples en la matière ne manquent pas : coups d’Etat, poursuites judiciaires, assassinats, commissions vérité et justice, et autres conférences de réconciliation nationale. Il n’y a pas mieux que les Africains eux-mêmes pour régler leurs problèmes nationaux, même si, occasionnellement, l’aide extérieure (mais simplement une aide inconditionnelle) pourrait être la bienvenue et acceptée.
Sans doute, l’Occident qui, lui, n’entend pas se départir de ses traditions coloniales, préfère régler directement certaines situations par ses propres moyens, selon son agenda, en fonction de ses intérêts à court, moyen et long terme. Ainsi, la dernière affaire, celle qu’il faut désormais appeler l’affaire Omar El-Béchir mérite qu’on s’y attarde un peu plus.
En effet, le Soudan est le plus grand pays d’Afrique, géographiquement parlant ; il est peuplé de 42 millions d’habitants, doté d’immenses ressources naturelles y compris ce pétrole qui fait l’objet de tant de convoitise, de délire et d’agressivité de la part des principaux pays occidentaux. Plus important encore, le pays recèle de ressources humaines de qualité dans tous les domaines d’activité et à tous les niveaux. Les observateurs avertis estiment qu’un Soudan en paix et stable, à l’abri de turbulences locales et d’ingérences extérieures calamiteuses se hisserait, en moins d’une génération, au niveau d’une puissance régionale de premier ordre qui va compter et peser sur l’échiquier africain, moyen-oriental et international. Une sorte de deuxième Iran à la charnière de l’Afrique et du Moyen-Orient disposant d’une large fenêtre sur la mer rouge, perspective effrayante qui perturbe le sommeil, notamment de Bush, Gordon Brown et Sarkozy.
Aussi, l’affaire du Darfour, au départ un conflit local plutôt assez banal et courant en Afrique, et habituellement pas trop difficile à gérer, a très vite pris une tournure gravissime et des dimensions internationales, en raison précisément des ingérences des puissances occidentales et de leur allié Israël. En effet, à travers le régime du Tchad de leur valet Idriss Deby Itno, ces puissances ont déversé au Darfour des moyens importants pour transformer une jacquerie à revendications limitées et raisonnables en un vaste conglomérat de groupes puissamment armés, bien entraînés et organisés avec pour objectif politique ultime, du moins pour ce qui est des groupes dirigés par Abdelwahid Nour et Khalil Ibrahim, le renversement du régime de Khartoum.
Par ailleurs et chemin faisant, l’affaire est apparue tellement captivante politiquement d’une part, et si juteuse financièrement d’autre part, que les groupes armés se sont multipliés à l’infini tout comme leurs besoins, leurs prétentions et leurs ambitions, transformant du coup le Darfour en un vaste champ de ruines, de cadavres, de déplacés, de violation des droits humains, de…Une zone de non droit exportatrice de réfugiés, de commerce d’enfants ; un paradis de prospérité pour toutes sortes d’ONG où élièrent domicile des escrocs de tout acabit y compris de voleurs d’enfants, et aussi un terrain de manœuvre rêvé de barbouzes toutes catégories confondues.
Toutes les conditions sont donc réunies pour que les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne et Israël caressent l’espoir de pousser la déstabilisation du Soudan à un stade proche de celui de l’Irak, autrement dit un pays sans Etat digne de ce nom, en proie à des tueries tribales sans fin, à des velléités sécessionnistes, aux intrigues et complots des pays voisins et même lointains. Comme on le voit, après l’Afghanistan et l’Irak, la stratégie américano-israélienne « d’instabilité constructive » à laquelle ont rallié la France et la Grande Bretagne est toujours à l’œuvre, certes, en exécutant ou faisant exécuter des actions plus subtiles dans le cas du Soudan. Mais l’objectif reste le même : Ce pays doit connaître un sort similaire à celui de l’Irak ou de l’Afghanistan avec à sa tête un jumeau de Nouri el Maliki ou de Hamid Karzaï.
C’est ainsi qu’il convient de comprendre le sens de la bombe déclenchée par Luis Moreno-Ocampo Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI). Une suite logique de la tentative avortée du renversement du régime de Khartoum, le 11 Mai dernier, par une attaque des rebelles du Darfour (le JEM de Khalil Ibrahim), groupe dont la logistique et la qualité de l’armement a stupéfait plus d’un spécialiste.
Beaucoup de critiques ont mis en lumière, de façon objective, l’inopportunité à la fois juridique et diplomatique de la démarche tapageuse du Procureur de la CPI. Citons, entre autres, Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS, s’exprimant dans le quotidien français Le Monde du 15 Juillet 2008 : « La CPI me semble faire beaucoup de politique et peu de droit. Quand on lit le réquisitoire prononcé par M. Luis Moreno-Ocampo devant le Conseil de Sécurité de l’ONU le 5 Juin, la description qui est faite de la situation au Darfour est quand même assez hallucinée, et certaines comparaisons sont inacceptables. Dire aujourd’hui qu’il y a un génocide dans les camps de réfugiés, c’est de la rhétorique militante. Quelle que soit la réalité et les sentiments qu’on puisse avoir à l’égard d’Omar Al-Béchir, on ne peut le comparer à Hitler. Ce sont des erreurs infondées en termes d’analyse politique ou de terrain. Juridiquement, elles sont au mieux inutiles et au pire scandaleuses… On peut considérer d’un point de vue politique, qu’Omar Al-Béchir, en tant que responsable d’un Etat qui a commis de telles atrocités, doit être puni, mais d’un point de vue juridique, c’est très léger… Au-delà du mandat d’arrêt visant Omar Al-Béchir, il y a un problème majeur : si on regarde l’incrimination, on a l’impression que n’importe quel dirigeant politique soudanais peut être demain visé par la CPI. Dans ce cas, ce n’est pas Omar Al-Béchir qui est visé comme personne, c’est un régime, et là on est dans une situation dont le flou juridique est évident. L’appareil d’Etat est impliqué dans son ensemble…Je crois qu’il faudrait réfléchir un peu et ne pas se laisser aller à des effets de manche politiques qui nuisent à la crédibilité juridique de la Cour… »
Crédibilité ! On peut dire, sans risque de se tromper, qu’aux yeux de l’écrasante majorité des citoyens du Sud, la crédibilité de la CPI flirte avec zéro. N’est-ce pas depuis sa création la CPI n’a trouvé à se mettre sous la dent rien que des Africains, précisément des Rwandais, des Ougandais, des Centrafricains, des Congolais (ex Zaïrois) et enfin des Soudanais avec en prime leur Président. Hélas, toute dignité et sens de l’honneur rangés dans le coffre-fort de leurs vices, les dirigeants africains (à l’exception notable de Khadafi) soumis, apeurés et tenus en laisse se sont réfugiés dans le silence ou dans le « oui, mais… »
En réalité, au delà des considérations de droit et de justice qui servent de couverture, la CPI qui n’est qu’un chaînon dans le dispositif institutionnel néo-impérialiste, entend jouer pleinement le rôle pour lequel il a été créé, à savoir : concourir sur le plan pénal à discréditer, humilier, culpabiliser, juger, condamner et briser l’Africain mentalement ; comme le font déjà et si bien les média, les politiciens, les écrivains et intellectuels révisionnistes de l’histoire de la traite des nègres et de la colonisation. Ainsi, Nicolas Sarkozy Président Français, sûr de lui et dominateur, a particulièrement excellé en la matière, reprenant à son compte, lors de son discours de Dakar, pour les cracher à la face d’un auditoire composé d’étudiants, d’intellectuels et d’hommes politiques, les thèses les plus racistes de Hegel, Gobineau, Lévy-Bruhl et autres Faidherbe.
Donc, qu’on ne se trompe pas : La Cour Pénale Internationale – un outil parmi beaucoup d’autres – est au service de la néo-colonisation occidentale. Elle va continuer à harceler les ressortissants des pays faibles, en particulier les Africains, dans le cadre d’une stratégie politique globale néo-impérialiste visant à les soumettre encore plus à l’imperium occidental, et les piller toujours davantage. Avec la complicité d’une classe dirigeante africaine tout dévouée à la volonté des grandes puissances, jouant sans états d’âme le rôle dévolu avant-hier aux roitelets nègres du temps de la traite des nègres, et hier aux chefs traditionnels du temps de la colonisation.Oui, comme au temps de la traite des nègres !
Oui, comme au temps de la colonisation !
Source: Zoomtchad
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