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Ounianga Kébir et Ounianga Saker : des paysans restaurent leur environnement

Publié par ndouné sur 9 Août 2008, 05:13am

Catégories : #Environnement

Face au risque d’assèchement total des lacs dans l’extrême-nord du Tchad, les paysans aidés par la Coopération suisse se sont organisés en association pour mener une campagne de reboisement de la région. Résultat, des surfaces cultivables ont été récupérées et les eaux du lac protégées contre l’ensablement.

De graves menaces pèsent sur les lacs d’Ounianga, haut lieu touristique du Tchad à 1300 km au nord de N’djaména. La cinquantaine de lacs regroupés dans cette région du désert tchadien dans le Tibesti vers la frontière soudano-libyenne, est en voie de disparition suite à l’assèchement des eaux amorcé depuis une trentaine d’années. La disparition progressive des oasis est due aux changements climatiques qui affectent tout le pays. "Le climat devient de plus en plus désertique à cause de l’absence de la couche végétale", explique Abakar Mahamat Zougoulou, directeur des forêts et de la lutte contre la désertification. D’après ce climatologue, le couvert végétal a disparu suite à la longue sécheresse ayant secoué le pays au cours des années 70 et 80. Le sol étant nu, les vents déplacent des bancs de sable qui engloutissent les cultures et les eaux des lacs qui se rétrécissent ainsi au fil des ans. La rareté de la végétation et des eaux laisse avancer le désert vers le sud. D’où la diminution des surfaces cultivables, des pâturages et des zones de pêche.

Une solution contre l’avancée du désert

Face à cette menace, les populations se sont regroupées dans deux associations paysannes basées respectivement à Ounianga Kébir et à Ounianga Saker. Leur objectif est de lutter contre l’ensablement des lacs et restaurer le couvert végétal. Soutenues par la coopération suisse, elles plantent depuis xxx années des espèces telles que le tamarix et l’Acacia le long des lacs. Ce sont des espèces résistantes qui poussent sur des sols arides et salés de la région. "Ces arbustes bloquent le sable et l’empêchent de se mouvoir sous l’action des vents", explique Abakar Mahamat Zougoulou. Aujourd’hui, plus de 2000 épineux rabougris forment une haie qui protège les lacs contre les vents de sable. La multiplication de ces espèces d’épineux se faisant par bouturage, les paysans vont prélever les boutures dans des oasis lointains. Après le repiquage, les plantes sont régulièrement arrosées.

La Coopération suisse qui a initié ce projet pour reverdir la région forme les paysans aux techniques de repiquage et à l’entretien des jeunes pousses. "Nous avons recruté une vingtaine de paysans rémunérés à 25 000 Fcfa chacun pour arroser les plantes depuis l’étape de la bouture jusqu’à la maturité estimée à deux ans", explique le Docteur Abdelmadjid Abdrahim, responsable du projet. D’après le climatologue, "La plantation des arbres est une des solutions primordiales pour la lutte contre l’avancée du désert car ils ont pour rôle de fixer le sol et d’oxygéner l’atmosphère". A long terme, ajoute-t-il, "ces arbustes rendront la flore à la surface de ces Lacs et empêcheront le sable de se mouvoir davantage"

La mobilisation des paysans pour cette campagne de reboisement a commencé par les deux associations ayant pour but la gestion de l’environnement. Les populations se sont ensuite appropriées ces techniques. Aujourd’hui, de nombreux cultivateurs protègent chacun son champ contre les vents de sable qui détruisent les cultures à l’aide d’une clôture d’arbustes. Cette opération a permis aux planteurs de récupérer des centaines d’hectares de terres cultivables. "Au début je n’ai pas cru que les arbustes que nous plantions allaient sauver nos dattiers et nos lacs. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à remercier Allah le Tout-puissant et la Coopération Suisse", s’enthousiasme Adoum Ahmad, un agriculteur de la région. En outre, d’après Okoromi Abdelwahab, responsable d’un groupement paysan, "cette mobilisation au sein des associations a permis de recueillir des fonds pour la construction des palissades tissées en palme le long des couloirs à vent préalablement identifiés par les habitants". Autant de solutions trouvées localement pour pallier l’avancée du désert, et sauver les lacs d’une totale disparition.

Innocent Kilayo

Source: CEFOD

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