Le jour décline, la voix d’IDI s’élève au milieu du chaos. Oraison d’une âme tourmentée.
Deby est malin. Les mains maculées, il se purifie. L’or noir et ses effets pervers : gourmandise, fonds détournés, surfacturation ; le chapelet égrainé par IDI dégouline de grasses. Le meurtre d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, l’escadron de la mort, pots de vin. La coupe de Deby est pleine. Président ad vitam, citoyen mortel, Idriss Deby est traversé par ce temps de piété d’une certitude. La charité.
Pétronas, Chevron et Esso, après avoir pactisé avec la multinationale pétrolière à travers un décret portant approbation du protocole d’accord entre l’Etat tchadien et le consortium pétrolier, Idriss Deby se fige dans la posture d’un orant.
« Mosquée Deby », un haut lieu de prière flambant neuf éponymes du fidèle-Deby. IDI espère noyer sa conscience dans les œuvres de charité. Une enveloppe de 60 millions pour une maternité à Fada, un édifice consacré au culte d’une capacité de 1200 places, c’est par pudeur que l’astronomique somme pompée dans les caisses de l’Etat pour financer ce lieu de prière n’a pas été dévoilée. Le cercle des Itno brille sur le front de l’humanitaire. Pas moins que l’ambassadeur et gourou des cercles présidentiels Daoussa Deby Itno pour la coupure du ruban symbolique.
Péché capital, la gourmandise du président pour le pétrole ne s’est pas dissoute dans une piété de circonstance. Aux manettes, Youssouf Saleh Abbas, sous injonctions présidentielles, a réuni ses collaborateurs pour un conseil extraordinaire de ministre. Le gouvernement a approuvé le protocole d’accord conclu entre le consortium pétrolier et l’Etat tchadien. Les mauvais traits ont un caractère trempé. IDI manigançait par le biais de ses valets pour maîtriser les contours du versement des taxes du pétrole.
L’esprit pur, les mains trempées. Idriss Deby est dans son « désert », un cheminement spirituel désarticulé, froissé entre l’ascèse et les délices du pouvoir. Il s’agenouille, convoque le ciel. Rétrospective : Deby n’est pas un dictateur, ce sont les soubresauts qui ont dressé une couronne pour sa modeste personne. La preuve : Après le meurtre d’Ibni, les contestations de l’opposition, les sermons des ONG de droits de l’Homme, grève des sites et blogs tchadiens pour rendre hommage à Ibni, IDI a manifesté une repentance. Abderaman Djasnabaille a pour feuille de route d’exorciser les « démons ». Il a pris fonctions au ministère des Droits de l’Homme et de la promotion des libertés. Le Tchad doit se refaire une virginité, Djasnabaille doit faire œuvre de puritanisme. Le nouveau ministre des droits de l’Homme est voué à nettoyer les purpuras, les hémorragies disséminés sur le régime.
Deby déroule la litanie. Orant assidu. Il convoque la miséricorde du ciel et la clémence des rebelles. Le locataire du palais se découvre subitement vulnérable. Il appelle de toutes ses forces, c’est le remède à son désespoir. La prière, qui peut tout. Oraison d’un Deby sceptique : « Oh mon Seigneur, s’il y a un Seigneur sauvez mon âme ; si j’ai encore une âme ». Clé du matin et verrou du soir, la prière illumine les zones d’incertitudes du mortel.
Et les rebelles alors? IDI a oublié cette maxime: "Il vaut mieux mettre son cœur dans la prière sans trouver les paroles que de trouver des mots sans y mettre le cœur".
Par A.K de N’djamena-matin
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