Les projecteurs qui s’allument sur Obama et son leitmotiv du « changement » sont un impératif catégorique lancé aux mouvements armés. Et si les rebelles réputés d’un individualisme notoire « changeaient » ? En faveur de l’unité.
La planète n’a d’yeux ce mardi que pour la présidentielle américaine. Barack Obama et John Mc Cain s’affrontent dans un duel pour le fauteuil prestigieux de la Maison Blanche. Au Kenya comme au Tchad et partout ailleurs, la probabilité de l’élection d’un président noir suscite l’enthousiasme. Au-delà des enjeux qui se tissent autour de la future tête d’affiche à la présidence américaine, une réflexion profonde s’impose au sein de l’opposition armée tchadienne.
L’élection du 44ème chef de l’exécutif aux USA est l’épilogue d’une longue course à l’investiture au sein du parti démocrate et républicain.
John Mc Cain s’est imposé sans grande résistance aux républicains essoufflés par les années de « busheries ». Au sein des démocrates, les batailles d’appareil ont été âpres. Le cercle des Clinton s’est investi pour assurer après Bill le leadership à travers Hillary, charismatique sénatrice de New york. Au bout du rouleau à l’investiture, Barack Obama : Jeune sénateur métis et brillant orateur. Au finish, le sénateur de l’Illinois décroche le ticket démocrate pour la course à la Maison Blanche.
A l’analyse : le clan des Clinton s’est départi des propos guerriers proférés pendant la course à l’investiture démocrate. Bill Clinton, connu pour son apathie contre Obama, s’est personnellement investi dans la campagne présidentielle du candidat au « changement ». Hillary, bonne joueuse, a déversé son énergie et ses réseaux de soutien pour la victoire finale.
Le jeu d’alliance et l’intérêt suprême du parti sur les positions partisanes aux Etats-Unis doivent inspirer la crème de l’opposition armée tchadienne.
Le peuple perd espoir d’un changement grâce à l’offensive des rebelles. Le système démocratique est dérouillé, l’opposition politique se trouve phagocytée par les oligarques de N’djamena. Les leaders de l’opposition militaire sont condamnés à l’unité de leurs forces afin de dépecer le mammouth qui s’est agrippé au sommet de l’Etat tchadien.
De conclaves en conciliabules, les chefs rebelles partagent un avis commun : Deby doit être chassé du pouvoir. Dans leurs bases respectives, les leaders des groupes armés nourrissent des appétits prononcés du pouvoir et se vouent mutuellement une haine insensée. Les pressions exercées directement par leurs partenaires n’ont pas conduit au chant de l’unisson des mouvements politico-armés.
Par factions interposées, les rebelles se livrent à un cycle de joutes oratoires d’auto-destruction. Au poignard des lignes tribales, les principaux responsables de la dissidence armée se déstabilisent. Au sein de l’opinion nationale, ils renvoient le prototype d’enfants s’amusant à la Kalachnikov, sans conviction politique et patriotique.
Rejeté, vomi par les tchadiens, Idriss Deby n’a plus les grâces populaires. Le peuple se résigne dans le fatalisme, sonde les mouvements à l’Est ; avec une chimérique aspiration au changement. Hélas ! Les rebelles ne revoient sur la scène publique que des propos au vitriol. Des calomnies. Aspiration au leadership égoïste.
Un soupçon de clairvoyance a traversé les principaux responsables des mouvements armés. Réunis à Khartoum, ils ont laissé la « fumée blanche » d’un consensus sortir de leur conclave d’unité. La main sur le cœur et au nom de l’intérêt suprême du Tchad, ils ont repris d’une seule voix le refrain qui est sur toutes les lèvres : « L’alternance politique ».
Les blocages observés au sein des groupes militaires anti- Deby n’ont d’effets véritables et profonds qu’auprès du petit peuple, ceux pour qui les leaders de la lutte armée prétendent s’investir. Conclusion. Les mouvements politico-militaires roulent pour la gloire de leurs géniteurs ; qui sont à s’y méprendre d’affairistes chefs de guerre. Cette lecture peut bousculer les fiertés au sein de la rébellion. Jusqu’ à cette évolution de la scène politique, les responsables des mouvements militaires hostiles à N’djamena n’ont pas investi leur initiative dans le déblocage des luttes intestines.
A ce point de la marche chaotique du Tchad, après 18 années de pouvoir totalitariste, l’opinion se perd en conjecture. Chasser Deby au palais rose ou accéder à des strapontins, quelles sont les priorités des mouvements armés ? Dans la course contre la montre, le pouvoir instrumentalise certains leaders à la moralité douteuse. Vérité de Lapalisse. N’en demeure pas moins vrai que les ego poussés des leaders des groupes armés brisent toute posture de changement de régime au Tchad.
Face à l’histoire, les responsables de la dissidence armée doivent prendre leur responsabilité pour la libération du peuple tchadien du joug de la pétro-dictature qui s’est incrusté pendant 18 années au Tchad.
L’exemple Clinton-Obama doit faire tâche d’huile et dissoudre les ardeurs individualistes des groupes armés au Tchad. De tous bords politico-militaires, les principaux chefs de file de la résistance armée doivent s’investir pour une offensive contre le régime de N’djamena. Préalable : Ils doivent s’accorder sur la nécessité de remettre le pouvoir par la voie des urnes. Tout un programme de transition.
Par sentimentalisme, l’élection de Barack Obama est convoquée dans tous les quartiers généraux des rebelles tchadiens. Fibre africaine oblige. Si seulement la démarche de l’intérêt suprême pouvait éclairer les îlots d’individualismes qui sombrent dans l’esprit des chefs de la résistance armée. Alors, et si les rebelles s’exclamaient « Yes, we can change ! » Il n’y a plus qu’à croiser les doigts… Et espérer ; Cela ne peut être que pour bientôt, le temps presse.
Par D.D de N’djamena-matin
Commenter cet article