Devant le droit de regard de Berlin, Deby se dédouane. Halte. L’Allemagne récuse la duperie politicienne.
Deby transpire d’une superbe activité présidentielle. Emissaires africains, onusiens, diplomates occidentaux; du beau monde en somme. D’illustres personnalités se bousculent aux portillons du palais rose. Balais et pressions diplomatiques ; Bassolé Djibrill est rentré avec un cartable vide au sujet du dossier humanitaire du Darfour. Civilité diplomatique. Idriss Deby à fond dans sa posture de chef de la diplomatie tchadienne. Leopold Theodor Heldman a franchi le perron du cénacle présidentiel avec à l’esprit la sortie musclée de l’ancien patron de la diplomatie allemande.
Le nouvel ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne a présenté le 18 novembre 2008 ses Lettres de Créance à Idriss Deby.
Style deutschland, tout s’est enchaîné sans langue de bois. Le conseiller des Affaires Etrangères hors classe a lancé son offensive. L’Allemagne souhaite que l’Accord politique du 13 août 2007 porte ses fruits. Rien de nouveau sous le soleil. Berlin réaffirme des positions brandies sur des tribunes officielles. Petite subtilité dans le discours de l’ambassadeur : « L’Accord politique signé dans le but de contribuer à la stabilisation et au renforcement du processus démocratique doit aboutir à des élections transparentes et démocratiques ». Pied de nez.
Le plénipotentiaire allemand dénonce la mascarade approuvée par le conseil de ministres réunis autour du président Deby. Le gouvernement a déguisé les termes de la feuille de route signée par 82 partis politiques pour une alternance démocratique. La copie validée sous le regard du despote est un relookage des méthodes de conservation et de verrouillage du processus électoral.
Berlin est fidèle à son axe diplomatique. Fin juillet 2008, dans la résidence de l’ambassadeur allemand à N’djamena, l’ancien chef de la diplomatie allemande ; Markus Meckel s’est ouvertement prononcé sur la situation politique au Tchad. Constat sans complaisance : « L’ambassadeur de France m’a dit que le processus avance. Mais après une mission de dix jours, je me rends compte qu’on tourne en rond. Le processus est fragile, la situation est compliquée au Tchad ».
Visionnaire. L’ancien Ministre allemand des Affaires Etrangères s’indignait déjà : « On ne sait pas où on va. D’un côté, le processus politique né de l’accord du 13 août ne fonctionne pas normalement et de l’autre il y a les rebelles». Loin d’une boutade diplomatique, il avait osé un discours en faveur des groupes politico-armés. Agitation au Quai d’Orsay.
Leopold Theodor Heldman est le prototype de la rectitude diplomatique allemande. Il a rappelé à Deby que son pays est partie prenante dans la Force Européenne stationnée au Tchad. Dans le vent d’euphorie qui traversé le dégel entre N’djamena et Khartoum, Son Excellence Heldman a joint les vœux pieux de Berlin.
Et de conclure sa civilité à Deby par cet avertissement : L’Allemagne suit attentivement « ce qui se passe » au Tchad. A N’djamena et à l’Elysée, les diplomates de la France-Afrique ne sont pas naïfs. Le langage fleuri de Heldman renvoie à un ultimatum précédent. « Au prochain soutien de la France au président Déby Itno contre les rebelles, ce ne sera pas seulement l’Autriche qu’elle aura contre elle ».
L’âme meurtrie. Deby a serré la main du diplomate-bourreau. « Ce quidam doit m’empêcher de dormir sur mon trône. » IDI a un nouvel aiguilleur de conscience. L’air à N’djamena, ces jours moroses, bourdonne des taons.
Par D.D de N’djamena-matin
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