La trêve qu’avaient semblé accorder les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) au pouvoir sénégalais, est soumise ces derniers mois à de rudes épreuves. L’opération la plus meurtrière et qui a le plus troublé le calme relatif dans cette région du Sud du Sénégal fut l’attaque menée par des présumés rebelles indépendantistes le vendredi 2 octobre dernier, et qui a causé la mort de six militaires de l’armée régulière. Deuxième du genre en ce début de mois, cet acte criminel étale au grand jour l’insécurité qui règne dans la région casamançaise depuis quelque temps, et qui se manifestait jusque-là sous forme de violents braquages de civils, se soldant souvent par des pertes en vies humaines et de nombreux blessés.
Certes, les auteurs de ces macabres forfaits ne sont pas encore clairement identifiés, cependant, les moyens qu’ils emploient - des roquettes antichars entre autres - ainsi que le déploiement massif de patrouilles par l’armée sénégalaise suite au récent affront, sont des indices qui font orienter les soupçons vers le MFDC. Par ailleurs, depuis plus de trois ans, c’est la plus grosse perte que l’armée ait enregistrée, ce, malgré la signature d’un accord de paix en 2004 entre le gouvernement et les rebelles. L’hypothèse d’une résurgence des vieux démons est plus que plausible, car, cette guerre interne d’indépendance dont les débuts remontent à 1982, a connu des épisodes aussi tumultueux les uns que les autres. Et la complexité du conflit de la Casamance, zone dont la pauvreté infrastructurelle et l’indigence des populations contrastent avec ses ressources, est telle que les chefs d’Etat dont le règne l’a traversée, y ont perdu presque tout leur latin.
Même si l’actuel président Abdoulaye Wade, qui a fait la promesse à son peuple de résoudre le problème d’insécurité dans la région en 90 jours, a réussi à émousser un tant soit peu la capacité de nuisance de la rébellion, force est de constater que, près de dix ans après, les indépendantistes continuent de se signaler. Ces derniers ont le soutien d’une partie de la population qui ne jure que par la souveraineté totale, toute chose qui est loin de faciliter l’action gouvernementale. Tandis que les anti-idépendentistes incriminent le vandalisme des rebelles, tout en appelant de tous leurs voeux une intervention de grande envergure de l’armée, les pro-indépendantistes considèrent le gouvernement sénégalais comme la cause principale de leurs conditions de vie déplorables. Ceux-ci voient par conséquent en l’agissement des insurgés, un effort de délivrance qu’ils souhaitent voir aboutir. L’intensification des patrouilles armées arrivera-t-elle, seule, à bout des attaques sporadiques et violentes dont les auteurs semblent n’en avoir cure ? Le régime sénégalais ne paraît pas disposé à concéder l’indépendance à la Casamance ; il est donc nécessaire de reprendre la voie du dialogue, en vue de trouver un consensus. La revendication indépendantiste, menée notamment par des autochtones de l’ethnie Diola, serait née de l’attribution de terres du Sud, fertiles et bien arrosées, aux populations du Nord du Sénégal. Au-delà de l’attachement sentimental qu’un individu peut manifester vis-à-vis des terres de ses ancêtres en Afrique, les autochtones casamançais, qui se sont toujours sentis négligés et injustement traités par le pouvoir central, ont interprété un tel acte comme une façon de les priver de leurs seuls moyens de subsistance.
C’est donc un manque de confiance né du sentiment d’être des laissés-pour-compte qui rend les différents accords de cessez-le-feu depuis feu abbé Diamacoune Senghor, ancien dirigeant de la rébellion, infructueux. Sans perdre l’espoir de sortir la Casamance de cette crise de plus de 20 ans, des cadres sénégalais regroupés au sein du Collectif des cadres casamançais (CCC), lors d’une audience que leur a accordée le président de la République le 19 septembre dernier, ont proposé un plan de sortie de crise. Intitulé "Projet de paix définitive en Casamance", ce canevas préconise un processus en trois étapes, à savoir la démobilisation, le désarmement et la réintégration des combattants dans le tissu économique. Si une telle démarche a connu un certain succès dans des pays africains comme la Côte d’Ivoire pourquoi ne produirait-elle pas des effets similaires au Sénégal ? Bien que les circonstances et la durée des conflits dans les deux pays soient différentes, l’on ne perd rien en appliquant cette stratégie, quitte à l’adapter aux contexte. Quant aux rebelles, en acceptant de participer à ce projet, pour l’exécution duquel ils auraient le loisir de recourir à une médiation étrangère africaine, ils feraient la preuve qu’ils défendent les intérêts de la population casamançaise, sans doute lasse de vivre dans un environnement en constante instabilité. La proposition du CCC a cela de crédible qu’elle vient de Casamançais, et présente un caractère réaliste du fait qu’elle fait abstraction de toute revendication indépendantiste, ce qui est salutaire à une époque où le débat sur la nécessaire union des pays africains suscite des espoirs.
Source: Camer.be
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