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Eufor: Les dessous d’un changement de hauts gradés luxembourgeois

Publié par ndouné sur 15 Août 2008, 03:47am

Catégories : #Politique

Simple repositionnement d’hommes ou réorientation d’axe militaro-diplomatique ?  L’Etat – major de l’armée luxembourgeoise vient de procéder au relèvement de deux hauts gradés au sein l’opération  militaire de l’Union Européenne (Eufor).

 

Selon le site officiel du gouvernement luxembourgeois, «Le mardi 12 août 2008, un officier et un sous-officier de l’armée ont pris la relève du lieutenant-colonel Steve Thull et de l’adjudant-major Roland Girres au sein de la mission EUFOR Tchad/RCA en soutien des Nations unies au Tchad et en République centrafricaine ».

 

 Les lignes du communiqué de l’armée du grand Duché de Luxembourg ne donnent aucune explication sur ce changement  au sein du commandement de l’Eufor. A y lire, c’est un exercice de routine de l’Etat – major de ce pays de l’Union Européenne et membre de l’Eufor. Réduit de par sa  faible contribution militaire au sein de l’Eufor, le Luxembourg n’a pas le rayonnement et l’épaisseur de la responsabilité de Paris dans l’opération militaire de L’UE. Ses faits et gestes méritent interprétation. L'attitude du Luxembourg renseigne sur les clivages qui traversent l'Eufor.

 

Loin d’être anodin, cette sourdine  et soudaine mutation d’un lieutenant-colonel et un adjudant-major  peut être perçue comme un désistement. L’Etat –major de l’armée du Luxembourg serait dans un cas de figure dans une attitude d’imbroglio militaire. Mécontent de la dénaturation des missions de l’Eufor, le gouvernement du Luxembourg aurait, une source militaire à N’djamena, décide de ne plus faire participer ses hommes au plus haut niveau du commandement de l’Eufor. Le chef de l’Etat -major du Grand Duché, marquerait implicitement son refus de cautionner les accointances entre Paris et N’djamena sous le couvert des soldats stationnés au Tchad par l’Eufor.

 

Le communiqué de presse de l’Etat-major du Luxembourg laisse transpirer deux précisions importantes. « Dans sa résolution 1778 (2007) du 25 septembre 2007, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé la mise en place d’une mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat) et a autorisé l’Union européenne à déployer ses forces, pour une durée d’un an. » Traduction simple : Le mandat des soldats de l’Eufor est sur le fil du rasoir au Tchad, sans grand effets pour les populations. Le site officiel du gouvernement du Grand Duc Henri situe les principales missions humanitaires de l’Eufor à l’Est du Tchad et au nord –Est de la Centrafrique : « contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés et les personnes déplacées ».

 Or, les récents affrontements entre la milice de Deby et l’Alliance Nationale ont mis au grand jour la complicité et l’attitude partisane de l’Eufor dans le conflit inter-tchadien. Déçu en juin 2008 de ne pas jouir de l’onction complète de l’Eufor et du Quai d’Orsay, Deby avait vilipendé l’opération militaire de l’Union Européenne. Hervin Morin, bras militaire de Sarkozy semble  à présent revenu à de « meilleurs sentiments » au sujet de la survie du régime corrompu tchadien. Déduction, l’Eufor servira de bouclier à Deby.

Dans une autre posture d’analyse, le Luxembourg se démarque diplomatiquement de Paris. Des analystes déduisent que le Luxembourg se distance de l’appareil de commandement de l’Eufor sans toutefois porter sur la place publique une divergence de vue.

Sans langue de bois, l'Allemagne avait signifié haut et fort sa colère face à la politique de la France. Ainsi, l’Etat-major  du Luxembourg s’impatienterait de voir le mandat de l’Eufor courir vers son terme sans épuiser la principale mission humanitaire inscrite sur sa feuille de route. Pire, Paris s’enferme une fois encore dans une posture de soutien logistique à l’armée fantôme de Deby.

 

L’humeur qui flotte sur N’djamena, les sempiternels bruits de bottes à l’Est et l’attitude de l’Etat-major du Luxembourg annoncent la « pluie ».

 

 Paris perd ainsi  une autre caution diplomatique dans son soutien au régime despotique de Deby. Après la sortie de l’ancien chef de la diplomatie allemande, Markus Merkel, alors en visite au Tchad, le Luxembourg fait une pression  douce sur la France. L ’Elysée saurait-il décrypter ce désaveu de  sa diplomatie  paternaliste au Tchad ? Les ficelles de la Françafrique ont la carapace dure.

 

 

Par D.D de N’djamena-matin

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